Voir aussi dans les billets précédents image par image ma matinée au débat,
Hôtel Westin, Paris
Cette femme est une bosseuse.
Ce débat, elle l’a voulu, elle l’a eu, et elle l’a préparé. Ceux qui ont
l’habitude de faire la moue à propos des discours
de Ségolène Royale en seront pour leur frais. : elle se
montre magistrale, dans le sérieux et la décontraction, dans la connaissance
des dossiers comme dans le sens de la répartie, sans jamais oublier de sourire.
C’est en vain qu’Olivier Mazerolle (BFM TV)essaie de lui
rappeler le chronomètre et l’hypothétique égalité du temps de parole. Quand
elle prend la parole, elle la garde et ne la lâche pas. François
Bayrou, beau joueur, fait savoir, qu’il n’aura pas l’esprit
comptable.
L'intégralité du dbat
sur BFM TV , RMC,
(dailymotion)
« Je mets au premier rang la démocratie
participative ». Cette phrase semble éclairer la totalité du débat
Ségolène Royal/François Bayrou du 28 avril dont on peut retrouver la
restransription dans les médias. « Nous ne sommes pas ici au nom des
partis politiques », dit encore Ségolène Royal. Et de fait l’un et l’autre
sont ici réunis sur un point de convergence majeur : la nécessité du
retour de la démocratie en France. « Rien n’est plus nécessaire dans la
vie politique française que de faire bouger les lignes » dira François
Bayrou. Ce que Ségolène Royale ne cesse de répeter,
le mot-clef de ce débat, : consultation. « Je fais respirer la
société française ». La France respire, …
Gouverner au XXIème
sicècle
Examiner point par point, sur
les grands dossiers sélectionnés par les journalistes chargés de les
interpeller, les convergences/divergences est important, mais il plus essentiel encore de comprendre à quel point quelque chose
de nouveau se déclenche enfin : Ségolène Royal et François Bayrou savent
qu’on ne peut plus s’adresser au citoyen du XXIème siècle, qui grâce à
Internet a accès à l’expertise mondiale en matière
d’économie, de sociologie, de travail et d’emploi, comme on s’adressait à
celui du XXIème siècle. Le citoyen blogueur est devenu acteur, comme on l’aura
vu avec des personnalités comme Christophe Grébert, qui vient
de gagner son procès contre la Mairie de Puteaux (qui affiche une façon
« hauts-de-Seine de gouverner, dirait François Bayrou) , ou encore
Etienne Chouard, qui a mené depuis son blog le
« non » à la constitution europénne. Le pot de
terre commence à gagner parfois contre le pot de fer, et
ça c’est nouveau.
François Bayrou, qui a
arpenté les soirées des blogueurs (j’ai eu l’occasion d’échanger avec lui lors
de sa venue à la République des blogs), et Ségolène Royal en reprenant le
concept de « l’intelligence collective », ont capté l’essence d’un
nouveau paradigme, d’une profonde mutation. Nicolas Sarkozy,
en s’entourant d’abord de Xavier Moisant, puis de Loïc
le Meur, a lui aussi compris l’importance
du numérique, mais de façon plus généraliste, « apprise », moins
incarnée, comme en témoigne le discours sur « La France à l’ère
numérique » visiblement rédigé par un professionnel de l’Internet. Il n’a
pas su appliquer l’impact du numérique à sa vision de la démocratie.
Moderniser la démocratie
François Bayrou l’avait
déclaré la veille à Jean-Michel Aphatie sur RTL « Il y a
7 millions de personnes qui ont choisi de voter pour moi. Ces 7 millions de
personnes représentent la Droite modérée pour une part, le Centre pour une
grande part, une partie de la Gauche républicaine pour une autre part et des
gens venus de l'écologie ou d'ailleurs. Ils ont tous un point commun. Ils
pensent que pour réformer notre pays, il faut qu'il se modernise et que pour se
moderniser, il est important qu'il accepte enfin, des règles démocratiques
qu'il n'a jamais acceptées jusqu'à ce jour. »
La France a pris de mauvaises
habitudes, ce que Julien Dray interrogé par la presse à la fin
du débat du 28 avril nommera «la régression du débat
instititutionnel » : celle d’une gouvernance sûre d'elle et
autoritaire, d’un parlement qui n’a plus son mot a dire, d’une administration
qui coupe des têtes à chaque changement politique (combien de ministres de
l’éducation nationale en 10 ans !) , celle d’une répression voilée pour
qui n’est pas « du bon côté du manche », c’est-à-dire du parti
majoritaire. Le coût économique de cette « placardisation » tacite
est sans doute extravagant. Ceux qui ne sont pas du côté du pouvoir dominant ne
sont pas éliminés, bien sûr quand il s’agit d’entrepreneurs ou de hauts
fonctionnaires, c’est impossible : il sont simplement ignorés, freinés,
voient leurs projets stagner, et savent qu’ils n’ont qu’une solution, attendre
la prochaine majorité pour refaire surface . Cette façon de
pratiquer a toujours eu cours, dans le service
public, comme dans le monde des affaires.
Il y a aussi le fait que trop de décisions lourdes de
conséquence sont prises par les élus sans consultation, au seul motif qu’ils
sont élus : on aura vu le « tollé » qu’a soulevé la décision de
Jean-Paul Huchon decidant (après un débat interne, certes) la
gratuité des transports en Ile-de-France pour les Rmistes et leur famille,
décision qui ne semble avoir fait l’objet d’aucune annonce préalable d’aucun
débat public. Même méthode pour le CPE de Dominique de
Villepin, le lundi de Pentecôte de Jean-Pierre
Raffarin, la loi sur les retraites de Jean-François
Fillon, réforme nécessaire, mais dans la façon dont elle a été menée,
continue à pénaliser très injustement, comme l’a fait remarquer Ségolène Royal,
ceux qui sont contraints au temps partiel, en majorité des femmes, et
disqualifie ceux qui ayant fait des études longues, se voient proposer
rétrospectivement des sommes astronomiques et indécentes pour le rachat de
leurs années d’études. Cette façon de procéder, asséner des lois sans les
affiner, sans en mesurer la casse et les effets pervers est devenue
insupportable aux français.
Consulter, associer,
négocier
Ce que Ségolène Royale n’a cessé de répeter, le mot-clef
de ce débat, : consultation. « Je fais respirer la société » se
traduit par le souci constant de ne plus édicter des lois sans associer à la
réflexion et à la décision les citoyens et les partenaires sociaux. Le pacte
présidentiel, elle l’a toujours presenté non comme un dogme, mais comme un
contrat « ajustable » entre la Présidence et les Français, et ça
aussi c’est nouveau. Tant d’hommes – ou de femmes -
politiques s’accrochent à une mesure inefficace au seul motif qu’ils en
revendiquent la paternité : le droit à l’ajustement, le droit à l’erreur
ou à la révision devrait faire partie de la vie politique.
Convergences/divergences…mais une
même volonté de « faire bouger les lignes »
Les détailler, est sans doute utile, et la presse reprend
les points essentiels, mais à patir du moment où il a semble évident que le PS
comme le futur Parti démocrate plaçait l’écoute des français et le dialogue. En ce sens il s’agit de relativiser
l’importance des convergences/divergences : ce ne sont que des points de
départ à une discussion. « l’affrontement bloc contre bloc ça ne marche
pas »,dit encore Ségolène Royal. Certes, s’il y a désaccord, sur, par
exemple, la loi Fillon sur les retraites, que le parti socilaiste voudrait
remettre à plat, on sent que rien n’est fermé, que Ségolène Royal comme
François Bayrou se sont affranchis du dogme des partis sans pour autant les
désavouer. Qu’il s’agisse de trouver de nouvelles sanctions pour les
primo-délinquants -Ségolène Royale est favorable à un travail d’intérêt
général, trop peu employé à son avis, ou de débattre de la carte scolaire,
sujet de divergence, un dialogue se noue. Même si François Bayrou
conclut : « je ne sais pas encore pour qui je voterai le 6
mai », le rapprochement a eu lieu, dans l’aisance, l’humour, le sérieux.
Et surtout, les français auront compris qu’ils seront consultés :
référendum, jurys citoyens.
Par contraste, la gouvernance de l’UMP, annoncée par
François Fillon, interviewé sur Europe 1 le dimanche 29 avril semble
glaciale et surtout inchangée. Il annonce « Dès le mois de juillet on
fera voter des réformes » …ça on connaît, les réformes pendant l’été,
concoctées à toute allure « par ceux qui savent », sans concertation,
débat public. « Tous les pouvoirs resteront entre les mains d’un seul
parti dominant » selon l’expression de François Bayrou. Et alors peu
importe les idées UMP énoncées, la méthode restera la même, réformer
dans l'auto-satisfaction et la précipitation, pour le
soi-disant « intérêt général », avec la conviction qui semble
maintenant bien archaïque qu’une poignée de dirigeants peuvent faire avancer la
France…sans les français.