Le blog de la ménagère

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi, janvier 21 2015

"L'art de la guerre" : comprendre la culture de l'autre

"L'art de la guerre": la dissimulation comme arme

Avec le Traité sur la Tolérance de Voltaire, qui parait-il,  s'arrache, on devrait relire « L'Art de la guerre » de Sun Tzu, en particulier les chapitres sur la dissimulation, le mensonge, la tromperie comme arme de guerre au même titre que les armes blanches ou armes à feu. Dans son essai culte sur les types de harcèlement et de manipulations mentales,  Le Harcèlement moral (La Découverte Syros 1998) , Marie-France Hirigoyen le cite au chapitre « La communication perverse », sous le sous-titre « Mentir" soulignant que "le propre du pervers est d'avancer masqué"» :

« L'art de la guerre est l'art de duper, et en donnant toujours l'apparence contraire de ce que l'on est, on augmente les chances de victoire. » (Sun Tse L'art de la guerre Agora Classiques 1993) 

Ainsi nous avons jugé l'autre et analysé les données que nous possédions largement sur les assassins des victimes de Charlie Hebdo ou de la tuerie de l'Hyper Casher avec notre vision étroite de civilisés occidentaux : ils sont « disparu des radars », on n'en entend plus parler, donc, c'est que le risque a diminué... » Que s'est-il passé, quand on « savait » : par exemple que ces deux frères étaient sur la no fly liste, interdits de vol vers les États-Unis ? Erreur fatale, relevée d'ailleurs par le Premier Ministre Manuel Walls lui même qui a utilisé le terme « failles », et par certains anciens des services secrets. Alain Bauer criminologue et expert de sécurité, interviewé à chaud par Ruth Elkrief BFM TV le 8 janvier 2015 dès le lendemain de l'attentat à Charlie Hebdo l'analyse ainsi "Face au terrorisme, nous sommes meilleurs dans l’action-réaction que dans la prévention", Alain Bauer (BFM TV) – 08/01 « Ces fameux terroristes « hybrides » sont mal analysés par la société... » « la collecte du renseignement est d'une grande qualité, mais c'est l'analyse fait défaut. On n'a pas compris» C'est pourquoi on commence à suggérer qu'à des moyens supplémentaires on puisse adjoindre des chercheurs, des universitaires. Sans doute un vœu pieux, tant la tradition administrative française privilégie le cloisonnement.

La connaissance de l'autre :  une arme de guerre culturelle

On peut aussi trouver sur Internet d'autres citations de « L'art de la guerre » qui a de multiples fonctions, en particulier culturelles, sur babelio :

Qui connaît l’autre et se connaît lui-même, peut livrer cent batailles sans jamais être en péril. Qui ne connaît pas l’autre mais se connaît lui-même, pour chaque victoire, connaîtra une défaite. Qui ne connaît ni l’autre ni lui-même, perdra inéluctablement toutes les batailles.

Et suntzuFrance par exemple :

« Qui ne réfléchit pas et méprise l’ennemi sera vaincu. »

« Sois subtil jusqu'à l'invisible; sois mystérieux jusqu'à l'inaudible; alors tu pourras maîtriser le destin de tes adversaires. » conseille encore le traité rédigé il y a plusieurs siècles.

Sans doute y-a-t-il eu une forme de mépris de la culture de l'autre dans l'analyse ethnocentrée qui a été faite. « Tout l'art de la guerre est basé sur la duperie. » et nous avions oublié ce que d'autres civilisations ont retenu et appliquent. Aurait-on oublié que les civilisations sont mortelles ? Charles Consigny dans son éditorial du Point du 20 1 2015 « Le Réquisitoire » le souligne « L'Occident ne s'exonérera pas d'un examen de conscience. Il vit à front renversé des autres civilisations. Et ne peut plus prétendre en être le modèle. ».  Il conclut : « Nous avons été une civilisation immense parce que nous avons été durs avec nous-mêmes, exigeants avec nos enfants, respectueux de nos anciens. Aujourd'hui, nous abandonnons les vieux et nous n'attendons plus rien des jeunes, tout ça au nom de la liberté. À l'heure où chacun se soucie davantage de son bien-être que de sa bravoure, de son confort que de son effort, de son divertissement que de son œuvre, nous vivons au présent, individuellement, dans la seule quête de satisfaire nos désirs, et sur cet égoïsme vautré prospèrent des entreprises totalitaires."

Cet égoïsme commence à être questionné par les français qui adoptent l'économie de partage, l'économie sociale et solidaire.

Et maintenant?

A la question « Et maintenant ? » sans doute faut-il répondre par «  des moyens supplémentaires » mais aussi par la culture, par l'éducation, par l'alliance de l'armée et de la recherche universitaire, par la lecture des écrivains et essayistes experts du sujet, dont les musulmans, naturellement, et ré-apprendre qu'une meilleure connaissance d'autres civilisations que la civilisation occidentale, qu'elles viennent de Chine ou du Moyen-Orient, est aussi une arme de guerre.

mercredi, août 14 2013

Êtes-vous un lanceur d'alerte?

Le lanceur d'alerte et la loi

Un projet de loi relatif à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires a été présenté par Marylise Lebranchu, en Conseil des ministres le 17 juillet. Parmi les propositions, celle de protéger les fonctionnaires « lanceurs d'alerte ». Qu'est-ce qu'un « lanceur d'alerte » terme répertorié par les sociologues : d'après wikipedia ce n'est ni un dénonciateur, encore moins un délateur, ni la traduction littérale de l'expression anglosaxonne de whistleblower, celui qui donne un coup de sifflet pour dire STOP !

« Autrement dit, le lanceur d'alerte désigne une personne ou un groupe qui estime avoir découvert des éléments qu'il considère comme menaçants pour l'homme, la société, l'économie ou l'environnement et qui de manière désintéressée décide de les porter à la connaissance d'instances officielles, d'associations ou de médias, parfois contre l'avis de sa hiérarchie. »

On peut lire aussi les nombreux articles de soutien aux lanceurs d'alerte sur sciences citoyennes «  Les « lanceurs d’alerte » sont ces scientifiques, experts ou associations qui rendent publiques leurs « découvertes » sur des risques pour la santé ou l’environnement en bravant, parfois, leur hiérarchie ou des firmes puissantes. » . Le droit américain en principe protège les lanceurs d'alerte comme le souligne un article du Huffington Post de Pascal  Mbongo, Professeur des facultés de droit a l’Université de Poitiers, ce qui ne l'empêche pas de traiter en criminel Bradley Manning pour avoir livré des documents à Wikileaks « en toute bonne foi » selon l'accusé ou Edward Snowden obligé de fuir son pays. Il existe déjà une loi récente en France sur les lanceurs d'alerte sanitaires http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/04/03/le-parlement-adopte-la-loi-sur-les-lanceurs-d-alerte_3153116_3244.html, il est intéressant d'examiner le statut des lanceurs d'alerte fonctionnaires

Lanceur d'alerte et fonctionnaire

Les lanceurs d'alerte, quand ils sont fonctionnaires semblent plus sanctionnés que jamais soit par une sanction interne, soit par l'outil actuel préféré des juges, la mise en examen.

Un fonctionnaire de mairie vient d'être mis en examen suite à la parution pourtant anonyme de son roman et une plainte du maire. « La justice offre une réactivité curieuse à toutes les procédures provenant d’élus. Un maire étant magistrat, on considère que son avis et sa parole ne peuvent pas être mis en doute. » commente Jerôme Morin dans Le Nouvel Obs qui lui ouvre une page pour s'expliquer sur sa démarche. « Les fonctionnaires veulent travailler et être efficaces ! Mais ils ne le peuvent pas du fait que les ambitions politiques des élus utilisent les services publics, notamment les cadres qu’ils mettent en place, à leurs propres fins. »

Il rejoint ainsi l'avis de Zoe Shepard, qui confie, lors du salon du Livre de l'ile de Ré que trop de cadre de la fonction publique s'imaginent que leur mission consiste à « effectuer béatement les ordres des élus ». C'est l'une une des premières fonctionnaires à avoir franchi le pas avec sa fiction "Absolument dé-bor-dée!"en pointant les gabegies ou les insuffisances de management d'une collectivité territoriale comme l'avait fait avant elle pour le privé (EDF) Corinne Maier avec « Bonjour paresse » . Même sous l'anonymat ces fonctionnaires risquent gros, perdre leur emploi au minimum. Zoé Shepard, (un pseudonyme), a d'abord été sanctionnée pour son essai puis s'est battue pour être réintégrée dans la fonction publique territoriale, le Conseil régional d'Aquitaine, où elle est "placardisée" selon elle mais persiste et signe « Ta carrière est fi-nie ! » (Albin Michel)

Ces fonctionnaires trop zélés ont en commun de vouloir travailler plus dans l'intérêt général. Mais travailler plus, est-ce ce qu'on leur demande, voilà la question. Entre obligation de réserve et droit de retrait, quelle protection pour les lanceurs d'alerte ?

Entre « l'obligation de réserve » qui les contraint et le « droit de retrait » quand on en arrive à l'insoutenable, il est intéressant que le fonctionnaire lanceur d'alerte soit distingué et protégé par la Ministre Marylise Lebranchu. Dans le projet de loi l'article 3 peut être consulté :

« L’article 3 instaure une garantie visant à protéger l’agent public qui relate ou témoigne, de bonne foi, de faits susceptibles d’être qualifiés de conflits d’intérêts dont il aurait eu connaissance dans l’exercice de ses fonctions, afin d’interdire que cela puisse nuire d’une quelconque manière au déroulement normal de sa carrière. Il détermine le régime de charge de la preuve qu’il fait reposer sur l’auteur de la mesure contestée et non sur l’agent qui informe les autorités, celui-ci étant présumé de bonne foi. En revanche, le projet de loi prévoit que dans les cas où le fonctionnaire aurait informé les autorités de mauvaise foi, avec l’intention de nuire ou en connaissance partielle de l’inexactitude des faits ainsi signalés, l’intéressé s’expose aux peines sanctionnant le délit de dénonciation calomnieuse. »

Le champion français des lanceurs d'alerte, l'enseignant Etienne Chouard

Et pourtant il semble que l'expression citoyenne se répande et que les lanceurs d'alerte de bonne foi se multiplient, le plus efficace d'entre eux restant Etienne Chouard, enseignant, dont le texte publié le 17 juin 2005 « Une mauvaise constitution qui révèle un secret cancer de notre démocratie » lui vaudra d'etre consacré comme un des blogueurs les plus influents de France en 2006 :et baptisé « de « Don Quichotte » du « non" avec son « Non » au traité européen et ceux malgré la déconstruction de son argumentation qu'avait tenté à l'époque...Dominique Strauss Kahn.

L'histoire semble aujourd'hui lui donner raison et son dernier message Plan C mérite d'être diffusé quand il repose sur la constatation. Agoravox relaie ses idées qu'il conclut par une citation de Gandi : «  Celui qui voit un problème et qui ne fait rien fait partie du problème

Sur son site Etienne Chouard lance à la rubrique Europe un appel à participation à ce « chantier pharaonique », former un contre-pouvoir « Ainsi, j'observe qu'un événement malheureux est presque toujours une conséquence de l'absence de contre-pouvoirs chez les décideurs impliqués. Éclairante clef de lecture, vraiment. »

Connaissez-vous des lanceurs d'alerte ? Merci de nous les indiquer, ainsi que des témoignages

Liste en cours à compléter.

WikiLeaks est une association à but non lucratif dont le site Web lanceur d'alerte, publie des documents ainsi que des analyses politiques et sociales (wikipedia)  Fondateur : Julian Assange, 2006.
http://wikileaks.org/

Sciences citoyennes : Nombreuses définitions et témoignages. "Œuvre à une réappropriation citoyenne et démocratique de la science et de la technique afin de les mettre au service du bien commun."
http://sciencescitoyennes.org/

Deviens lanceur d'alerte ! S.O.S Planète Consacrer quelques minutes par jour pour surveiller 5 à 10 mots clefs, choisis dans une liste que nous vous enverrons, parmi ceux qui vous interpellent le plus. "
http://terresacree.org/lanceurs.html

http://www.colibris-lemouvement.org/

Association pour une démocratie directe qui s'est battu en justice pour obtenir la transparence de la réserve parlementaire
http://www.pour-une-democratie-directe.fr/


Etienne Chouard et l'Europe : "réfléchir nous-mêmes à l'institution d'une vraie démocratie", blog, wiki, forum...
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/

La Connectrice citée dans un billet précédent dont l'objectif est de « connecter à tous vents » sur les sujets de societé.
http://laconnectrice.wordpress.com/

Manuel du bon lanceur d'alerte à l'attention d'Edward Snowden, article de Marion Solletty  "Ceux qui dénoncent scandales d'Etat ou sanitaires livrent souvent un combat inégal. Francetv info a recueilli pour eux quelques conseils inspirés de leurs prédecesseurs." 
http://www.francetvinfo.fr/monde/snowden/manuel-du-bon-lanceur-d-alerte-a-l-attention-d-edward-snowden_371978.html

""Qu'est-ce qui fait le succès du lanceur d'alerte ?" 14 août 2013 | Par Joseph Confavreux
http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/260713/quest-ce-qui-fait-le-succes-du-lanceur-dalerte




mardi, août 13 2013

Tutelles et curatelles à tous vents : le Dossier d'août de la Connectrice

Tutelles et curatelles : du fait divers au dossier

« Je suis arrivé, tout était fermé. Pourtant, à l’hôpital, on m’avait dit que ma curatrice serait là à mon arrivée ». Un fait divers relaté par Sud-Ouest du 13/08/2013, un septuagénaire venant de subir une hospitalisation après un AVC laissé à la porte de chez lui, relance en ce mois d'août les alertes sur les abus de protection des majeurs avec des commentaires sur ce billet révélateurs du malaise « La tutrice de mon grand père s'est arrangé avec le propriétaire du logement où mon grand père était locataire afin de le faire expulser. Normalement elle est payée pour aider mon grand père et non son en***** de propriétaire. Merci Madame de l'avoir mis à la rue à 75ans. Heureusement que nous avons pu lui trouver un logement et qu'il a pu changer de tutrice. » Témoignages vécus inquiétants qui ne semblent pas émouvoir ni la Commission des Lois du Sénat pourtant alertée, ni en apparence les ministères concernés. Un dossier documenté de la Connectrice permet de faire le point « Dossier tutelles curatelles : quoi de neuf au mois d’août 2013 ? »

La Connectrice, c'est cette blogueuse qui « connecte à tous vents » et a su trouver un public croissant en décryptant hors de toute « pensée unique » les sujets de société tabous : euthanasie, insécurité, islam, prostitution. Le choix de ces sujets « sensibles » lui a valu une convocation à Brigade de répression de la délinquance contre la personne à propos de son site Internet. Mais si le rôle de la Justice est de condamner les appels à la haine et au racisme, il est beaucoup plus difficile de mettre en cause des dossiers qui expriment un point de vue différent, parfois contestable, mais toujours s'appuyant sur des sources citées et vérifiées. Dans le cas du dossier « Tutelles et curatelles» les témoignages vécus sont maintenant en tel nombre que les Ministères concernés, toujours silencieux,  ont monté des « comités éthiques » internes. Face à la virulence et au nombre des témoignages négatifs, il est inévitable que le Ministère de la Justice mette le bilan de l'application de la loi sur la protection des majeurs à l'ordre du jour – ce qui sera sans doute le cas quand les médias, déjà très actifs, s'empareront du sujet lors d'un scandale qui ne manquera pas d'éclater.

Une loi sur la protection des majeurs à évaluer et remanier

Il faut répéter que la loi actuelle sur la protection des majeurs laisse la porte ouverte à tous les abus et permet d'exclure totalement la famille, époux, parents. La Connectrice le précise « Une fois mandaté par le juge des tutelles, le MJPM tient le porte-monnaie du Majeur protégé et choisit pour lui des services et des fournisseurs. Régulièrement des familles s’étonnent de ces choix sans pouvoir intervenir. » Aucun contrôle possible du côté de la famille, et en pratique peu de contrôle du côté de la Justice :« Les juges des tutelles font ce qu’ils peuvent car ils ne sont que 80 pour les 800 000 à un million de majeurs protégés. Les greffiers en chef qui sont chargés de vérifier les comptes des mandataires n’en ont pas les moyens face au millier de dossiers à étudier. » Une association en province peut avoir, par exemple jusqu'à 1200 dossiers à gérer, et le protégé ne verra peut-être jamais sa tutrice et fort peu sa curatrice. Plus grave encore, même en cas d'escroquerie et de disparition total du patrimoine, il est presque impossible de lever une tutelle, tout juste de changer de tuteur au risque de tomber sur pire encore. Il y a des plaintes concernant les factures impayées par le tuteur, mais aussi le contraire : savez-vous qu'un tuteur peut honorer une facture de prestataire gonflée ou même une fausse facture, sur simple ordonnance du Juge des Tutelles, sans consulter le majeur ou sa famille, qui pourtant pourrait l'éclairer?« Il y a de l'argent ! »s'exclame une tutrice à laquelle la famille reproche d'avoir abusé des transports en ambulance alors que le patrimoine de son protégé est au plus bas. Et tant qu' « il y a de l'argent », on pourra puiser sans compter dans le patrimoine du majeur protégé, « c'est la loi ». Puis, le patrimoine épuisé, vendre les biens du majeur protégé, immobilier compris, y compris le chasser de sa résidence principale pour la louer sur simple ordonnance du Juge des Tutelles sans même avertir la famille. Car le Juge des Tutelles aura tendance à faire confiance au mandataire « judiciaire » qui inclut la racine du mot « Justice ». Et pourtant, selon Gilles Raoul-Cormeil Maître de Conférences, qui dispense une formation de qualité à la Faculté de droit de Caen, rien n'interdit ce contact entre mandataire et famille« on a trop tendance à prendre la loi à la lettre – en particulier sans doute les jeunes mandataires judiciaires - alors qu'il faut chercher à en respecter l'esprit. »

Un tableau noir qui commence à être connu de tous

Comme le précise la Connectrice en tête de son dossier, "Je demande aux MJPM professionnels, honnêtes et consciencieux de ne pas se sentir visés par mes critiques. Leurs témoignages positifs et personnels sont les bienvenus." Mais les manquements semblent se multiplier. Pas ou peu de visites dans certains cas, vu le nombre des dossiers gérés, des Juges des Tutelles auxquels on demande l'impossible, l'argent des autres dépensé sans compter, un tableau noir qui commence à être connu de tous, et qui n'est tempéré que par les cas où le tuteur est réellement utile : handicap, cas social, isolement, harcèlement de la famille pour avoir accès aux biens, négligence des proches, conflit familial grave. Ces cas existent. On peut naturellement trouver des témoignages positifs, mais peu de la part de majeurs protégés satisfaits : la plupart du temps handicapés ou solitaires heureux d'avoir trouvé un appui. Ce n'est pas l'honnêteté des mandataires, privés ou associatifs, qui est à mettre en cause, mais souvent une gestion non avisée et dispendieuse, particulièrement scandaleuse en temps de crise. Si la famille veut intervenir auprès du Juge des Tutelles pour freiner des dépenses inconsidérées et inutiles, elle sera aussitôt soupçonnée d'être « intéressée » et de vouloir conserver le patrimoine de son époux, parent, ou enfant. L'absence de contre-pouvoir est pointé par la Connectrice : "Quand on navigue sur Internet, on constate que l’offre de formation et de services aux MJPM est florissante mais que les organismes de protection des majeurs protégés sont pratiquement inexistants."

Fort heureusement des magistrats éclairés nuancent maintenant leur jugements en utilisant législation à leur disposition : en laissant le majeur choisir son lieu de vie comme le prévoit la loi, en séparant protection des biens et protection de la personne, en donnant accès aux comptes en cas de « demande légitime » de la famille. Mais les contrôles restent très insuffisants. Ce qui explique que la conclusion de la Connectrice est pessimiste : La misère du système judiciaire français explique pourquoi les majeurs protégés et leur famille sont pour la plupart en détresse et pourquoi les formations -non contrôlées par l’État- dédiées au MJPM poussent comme des champignons. Les MJPM n’ont aucun souci à se faire, ils ne sont pas contrôlés.

Le paradoxe de la loi de 2007 est qu’elle semble avoir été faite dans l’intérêt des majeurs protégés mais que faute de suivi et de bilan -pourtant prévu dans le texte de loi- elle n’a fait qu’élargir le marché au profit des mandataires.

Vision à courte vue des que de laisser "le marché" dilapider le patrimoine des 90 ans, celui-là même que toute une classe moyenne a à cœur de laisser à ses enfants, seniors de 65 ans à 70 ans, qui se retrouveront sans un sou et sans le patrimoine prévu par leurs parents pour faire face à la dépendance quand leur tour viendra.

Une page facebook a été ouverte sous la dénomination Alter Mater« Pour lutter contre les abus et manquements des Mandataires Judiciaires à la Protection des Majeurs : témoigner, s'exprimer, faire connaitre les cas douloureux et partager son expérience, accompagner, apporter son soutien..."

Des guides sont régulièrement édités, on peut citer le guide à l'initiative de la Cour d'appel de Rouen.

dimanche, novembre 4 2012

Le justiciable oublié par la Justice ?

Source image :Justine divine World of Warcraft http://justice-divine.xooit.com

Réagissant sur twitter à notre apostrophe sur la lenteur de la justice, Maître Eolas,  le brillant et influent avocat blogueur du Journal d'un avocat, nous renvoie aux débuts de son blog à un billet pris sur le vif lors d'une audience du Conseil de prud’hommes à Nanterre en 2004 « Quand la justice ne peut pas être véloce. ». Le titre parle de lui-même. On y voit a justice opérer dans un rituel qui semble immuable, puisqu'il perdure encore aujourd'hui en 2012, et la Présidente, faisant pression, annoncer des délais de jugement qui provoquent des«murmures de stupeur des avocats non habitués".  Depuis, nous confirme maître Eolas, « Hélas, aucun changement ». Ci-dessous quelques propositions d'une ménagère néophyte.

Des délais hors normes, de grandes inégalités

C'est l'ensemble du système judiciaire qui s'est habitué à ces délais hors normes. On annonce une augmentation du budget de la justice et du nombre de juges. Fort bien. Mais depuis quand ces rites et coutumes de la Justice n'ont-ils pas été revus à partir du point de vue de l'usager? Dans les revendications des syndicats des magistrats, il est fort peu tenu compte du point de vue du justiciable, soumis au rythme inégalitaire entre régions, départements, tribunaux, alors que l'égalité est inscrite dans la loi républicaine. Soumis aussi à la réorganisation de tel ou tel tribunal, ainsi la Cour d'appel de Versailles annonçait en 2011 que « faute de magistrats, les appels devant avoir lieu en mars 2012, au printemps auraient lieu finalement fin octobre à l'automne 2012 » . Huit mois d'allongement de procédure, un cauchemar pour le justiciable soumis, par exemple aux aléas de hausse et baisse de l'immobilier, ou aux lois changeantes qui vont décider de son sort. Parfois un policier fait bien son travail et une enquête préliminaire est bouclée en 3 mois. Dans d'autres commissariat, même motif, mais pas la même punition : on peut tomber sur un policier rechignant à faire un travail d'instruction et deux ans après la plainte, il n'a pas encore commencé l'enquête et ne répond plus à vos appels. Même chose, hélas, chez le Juge d'instruction. Là encore, où l'égalité? Où est le mérite, où est la sanction? Comment et pourquoi un policier a-t-il le droit de ne pas enquêter sans être inquieté par sa hiérarchie?

La Justice au quotidien : pourquoi ne pas travailler en amont?

Les grands procès médiatisés font la Une de la presse, mais rarement cette justice quotidienne qui ravage la vie des français, on parle rarement du justiciable, de ce qu'il endure, de ce qu'il doit payer, financièrement mais surtout moralement. Que les avocats soient bien rémunérés, ce n'est que justice, car un dossier, c'est du temps, beaucoup de temps, beaucoup de pièces et des milliers de pages qui s'accumulent au fil des ans. Ce qui semble dérisoire, par rapport à ce travail considérable, c'est l'audience en Tribunal. la parure d'hermine n'arrive pas à faire oublier les délais, les déprogrammations, les reports, les « mises en état » ( le descriptif du dossier plaidé) parfois bâclées,  le non filtrage des causes civiles qui pourraient se régler en médiation et qui encombrent les tribunaux. Hors si l'audience demeure nécessaire, et la plaidoirie indispensable,  il y a probablement tout un travail en amont que des assistants judiciaires pourraient faire pour accélérer cette justice quotidienne et poser un calendrier. Et même si on ose rêver à une Justice innovante, les mots-clefs et les algorithmes sophistiqués pourraient en amont trier et hiérarchiser la "pile de dossiers" dans bien des cas avant qu'ils n' arrivent entre les mains des magistrats débordés.

Filtrer et sanctionner les demandes abusives

La Justice n'a-t-elle aucun moyen de filtrer les assignations-vengeance où les demandes  relèvent davantage d'un désir de nuisance envers autrui que d'un véritable cas de droit à trancher? Ne peut-elle s'adjoindre en justice civile des psychologues, des sociologues, comme il y a des psychiatres en cour d'Assises? N'a-t-elle pas les moyens, avec les technologies numériques, de repérer les obsessionnels qui cumulent les procédures dans différents tribunaux? Un assistant judiciaire ne peut-il se charger de la synthèse correcte d'un dossier et décrypter les demandes infondées? Bref, ne peut-on faire gagner un temps précieux aux Juges en amont de la procédure? Et dans le cas d'abus, de « manœuvres dilatoires », comme le dit le jargon judiciaire en parlant de ceux qui ont juré de faire perdre du temps à l'adversaire et de faire « traîner », allongeant volontairement délais déjà insupportables, n'y a-t-il pas de sanction dissuasive à mettre au point? Dans le cas où l'on voit une « partie » refuser la médiation, dans le souhait à peine voilé de « pourrir la vie » de l'autre, combien d'années encore va-t-on  laisser le procédurier vengeur abuser des tribunaux, faire perdre du temps et de l'argent à l'état déficitaire?

Dans cette forteresse corporatiste, les magistrats revendiquent souvent pour eux-mêmes, mais fort peu pour le justiciable oublié.

mercredi, octobre 31 2012

L'insoutenable lenteur de la Justice en France

Dénoncée régulièrement par l'Europe la lenteur est devenue une sorte de marque de fabrique de la Justice française, un peu comme les escargots de Bourgogne ou les cuisses de grenouilles, on s'en moque, on en rie, et pendant ce temps là le citoyen en meure.

Cinq ans d'attente peuvent mener au suicide

Témoignage d'une amie. En 2007 son père décède et elle hérite de sa part – part dite « réservataire » Un petit pourcentage lui sera remis d'un duplex de 150 m2 à Paris avec balcons et vue sur la tour Eiffel. Plutôt une bonne nouvelle et elle commence à rêver de châteaux en Espagne, elle qui loue un studio de 20 m2. Cinq ans après, oui, vous m'avez bien lu, 5 ans après, sa vie est ravagée, sa famille détruite, elle dépense une fortune en avoués et avocats. Car l'un des cohéritiers bloque la succession. Puis, petit miracle : l'appel, (après deux ans d'attente) a lieu le 25 octobre 2012, une Juge intelligente à la Cour d'Appel de Versailles propose une médiation pour mettre fin au conflit ...5 ans après, mais mon amie accepte immédiatement. Mais l'adversaire refuse. Peu importe, il ne sera pas sans doute pas sanctionné et pourra se pourvoir en cassation. 3 ans de plus ? Mon amie m'appelle pour m'annoncer que si en décembre 2012 cette affaire de succession n'est pas réglée 5 ans après, elle se tue.

Le justiciable pris en otage : prendre en compte les ravages causés par la lenteur de la justice

Pourquoi? Parce que de conclusions en conclusions échangées entre avocats, que personne ne semble avoir le temps de lire,  d'audience reportée faute de magistrat à la Cour d' Appel de Versailles en manœuvres dilatoires et retards distillés par l'adversaire et non sanctionnés bien sûr, le citoyen « normal » se retrouve pris en otage, mené en bateau au fil des ans. Il a signé un partage à l'amiable pour ne pas aller en justice, mais il est obligé d'y aller quand même et de payer avoués et avocats et de payer en plus pour ces intolérables atermoiements qui le mènent à penser au suicide. On lui avait dit 2 ans puis, 3 puis 4 ans, et puis c'est 5 ans, et puis plus et puis l'avocat finit par baisser les bras « Votre héritage, ça viendra quand ça viendra.. » 10 ans alors ? 15 ans? Après sa mort? Alors il ne songe plus qu'à se tuer, pour l'exemple et surtout pour EN FINIR AVEC LES PROCEDURES.

Pourquoi cette lenteur ? Le circuit judiciaire poursuit sa routine sans s'émouvoir outre mesure. La lenteur de la justice française est dénoncée régulièrement par la Cour Européenne des Droits de l'Homme mais ni les magistrats, ni les avocats d'ailleurs, ne s'en émeuvent, pas plus que les procureurs, tellement ils sont immergés dans le système où il est devenu normal de déprogrammer une audience et d'allonger d'un an la durée d'une procédure faute de moyens ou au contraire de travailler jusqu'à minuit pour l'honorer. Les magistrats font ce qu'ils peuvent, les avocats font ce qu'ils peuvent, et le justiciable, lui, est prisonnier. L'attente, dans le cas de délais déraisonnables, bloque des personnes, des fonds ou des biens, retarde une issue qui pour lui est capitale et paralyse sa vie quotidienne. A quand un rapport sur les ravages des "délais déraisonnables" dans une vie?

La justice se laisse-t-elle encombrer? Quelle sanction pour les abus?

Manque de moyens ? Pas seulement. En France n'importe qui peut porter plainte sans avocat. La justice se laisse encombrer par des plaintes « règlements de compte », vengeance ou fantasme, car il n'y a aucun filtre au départ. Il s'ensuit une instruction qui peut durer 3 mois ou 3 ans selon le bon vouloir de l'officier de police ou du Juge d'instruction. Aucune sanction pour dépassement de délai. Dans toutes les professions, une tâche est réglementée par le facteur temps. Elle est inscrite dans un calendrier. Pas dans l'institution judiciaire. On me raconte le cas ou un Juge d'instruction menant son enquête à une allure d'escargot, puisque rien ne l'oblige à se presser, demande à entendre un témoin capital au bout de 4 ans . Trop tard, il est décédé. Personne ne sanctionnera le Juge. La victime sera une fois de plus le justiciable pour qui ce témoignage est urgent et qui l'aura attendu en vain pendant 4 ans. La lenteur de la justice est devenue une sorte de marque de fabrique de la Justice française, un peu comme les escargots de Bourgogne ou les cuisse de grenouilles, on s'en moque, on en rie, et pendant ce temps là le citoyen en meure.

Trop de lois mal ficelées ou archaïques  : à quand une réforme du droit?

Pourquoi cette lenteur? D'abord à cause du droit et des lois mal ficelées. Parce qu'entre 2007 et 2012, il y a eu ce que l'un des syndicats de la magistrature nomme « Les heures sombres » Trop de lois et trop mal ficelées. La loi sur l'indivision mal revue en 2009 en est une. "Le régime aménagé par le nouvel article 815-5-1 du code civil paraît compliquer singulièrement la situation en cas d'indivision." Le manque de logements est criant dans Paris mais on laisse en indivision pendant des années des appartements et des immeubles.

La loi sur la protection des majeurs de 2009 une des plus scandaleuses au vu des abus signalés et donne lieu à une escroquerie nationale, tout le monde le sait , elle est dénoncée par des émissions de télévisions comme le remarquable Tutelles vos parents spoliés, tout le monde se tait. Des majeurs protégés ruinés par leur tuteur mais protégés par une sorte d'omerta et de connivence tacite entre tout un circuit judiciaire et la mafia des tutelles contre lequel le citoyen reste impuissant et victime.

Avant de parler de manque de moyens il faut aussi parler de réforme, réforme des comportements du circuit judiciaire, réforme du droit, il y a une Commission des lois au Sénat, qu'elle se mette au travail et revoit les lois aberrantes et archaïques, qu'il y ait enfin prise en compte des ravages dans la vie des citoyens de l'insoutenable lenteur de la justice française.

samedi, avril 21 2007

"1 million de femmes s’énervent "

Illustration : variation sur passage, Philippe Bootz, un des artistes (mot-voirs) et initiateurs du festival   e-poetry  (programme sur le site du laboratoire Paragraphe, Université Paris 8). A ne pas manquer la soirée d'ouverture bien sûr mais aussi la soirée de clôture au CUBE avec une performance de filles :  Annie Abrahams and the All Star GirlsBand(NL/F).

A relayer :

Un message à relayer où aucun candidat n'est cité ...mais qui en dit long sur la misogynie de la société française, une bonne occasion de le répéter - eh non, je ne suis pas "féministe" mais réaliste : ce "est-ce qu'elle sera compétente?" je l'ai entendu pas plus tard qu'hier place Jules Joffrin dans le 18ème, devant la mairie, et nous avons du expliquer à cette charmante jeune femme que TOUTES y comris les polytechniciennes, les énarques, les ingénieurs et surtout les femmes ministres de droite ou de gauche, toutes nous avons eu à faire dans nos carrières, et parfois dans nos vies privées à ce "est-ce qu'elle sera à la hauteur?"


"15 000 à avoir signé la pétition. C’est déjà beaucoup mais ce n’est pas suffisant. En effet, à 2 jours du premier tour, les propos à l’encontre des femmes n’ont pas changé. Toujours la même inquiétude lancinante : est-ce qu’elle sera à la hauteur, a t-elle la stature d’un « homme d’état », etc.… Il faut que nous soyons encore plus nombreuses et nombreux à nous indigner, encore plus nombreuses et nombreux à signer cette pétition. Alors pour cela continuez de la faire circuler à vos amis, à votre réseau de contacts

D’avance nous vous remercions.

http://1mf.ras.eu.org/appel/

Le collectif.

1 million de femmes s’énervent

lundi, décembre 4 2006

A PERFECT DAY, Liban. 24 heures de la vie de Malek dans le Beyrouth d'aujourd'hui

Affiche du film A PERFECT DAY (2005, Liban/France)

Grâce au colloque international organisé par Bernard Guelton, Université Paris I, LES ARTS VISUELS, LE WEB ET LA FICTION  les 24 et 25 NOVEMBRE 2006, nous avons fait connaissance avec les réalisateurs libanais de A PERFECT DAY de Joana HADJITHOMAS et Khalil JOREIDGE, artistes, qui nous ont vraiment donné envie de voir ce film.

Le Centre Pompidou projetait hier dimanche 3 décembre A PERFECT DAY (2005, Liban/France)  http://www.aperfectday-lefilm.com/ dans le cadre de « D’encre et d’exil » « le Liban entre rêve et cauchemar. » à la BPI.

 Un film très « moderne, où on suit une histoire d’amour par textos interposés, où le mobile tient lieu de lien entre les êtres, dans cette ville où il ne semble  plus possible de nouer un lien durable.

Un journaliste politique reproche aux réalisateurs la scène du baiser « le sujet du film, c’est les disparus, c’est un sujet sérieux » (17 000 disparus, dont l’oncle du réalisateur ), « vous n’avez pas le droit  d’insérer une scène d’amour, vous avez imité la civilisation occidentale ! »

Hors j’ai trouvé cette scène du baiser magnifiquement filmée, elle souligne le désarroi d’une jeunesse sommée de vivre avec la disparition des personnes, des lieux, des liens.

 Ami journaliste, est-ce que l’intolérance ne commence pas là, dans l’intolérance au mélange des genres ?

Vous avez votre Liban avec ses dilemmes

J’ai mon Liban avec sa beauté »

Khalil Gibran Extrait de « Merveilles et curiosités » traduit par Jean-Pierre Dadah et en exergue du livret accompagnant la manifestation.

Dans la presse israelienne

Source : Dry Bones, BD.

Dry Bones, blog de l’année en 2005 en Israël. 4 médailles dont celle du meilleur humour juif.

Vendredi 1 décembre 2006

 « 1938 : Ahmadinejad , c’est Hitler, et il essaie de mettre la main sur les armes nucléaires. Extrait d’un discours de Bibi Netanyahu. J’ai mentionné cette citation dans une conversation avec un ami. Il a répliqué « Est-ce qu’on peut imaginer quelque chose de plus terrifiant ? » Et moi j’ai fait un dessin avec la bulle « Oui, il y a plus terrifiant, se rendre compte que le monde civilisé veut ignorer cette menace ». (Yaakov Kirschen, concepteur du blog)

http://drybonesblog.blogspot.com/

 Sur THE JERUSALEM POST http://www.jpost.com/ YAAKOV KATZ : « 2007 will be the year of war, both in Lebanon and in the Gaza Strip, and possibly even against Syria. It could happen this spring, or perhaps in the summer. » La guerre, toujours la guerre, annoncée, préparée, datée, comme si elle était inévitable comme si l’état de guerre était devenu une drogue dure, pour les uns, pour les autres.

Si, en surfant rapidement, j’ai trouvé une certaine conscience de la situation dans le média qui disparaît http://www.proche-orient.info/, que je ne connaissais pas, que je n’ai pas eu le temps d’analyser mais qui me semble pro-israël et faire écho.

 « Nous tenons à répéter notre sourde inquiétude devant la mollesse des institutions et des responsables européens, si peu à la hauteur des défis directs ou indirects que le Moyen-Orient et plus largement le monde arabe leur adressent, confondant trop souvent dialogue – dont nous sommes des adeptes – et compromission. »

 Un lieu où « collaborateurs israéliens et libanais se parlent ». On peut consulter les archives.

dimanche, novembre 26 2006

Supporters, violence, et vidéos: "ce qui force à penser"

- respect et honneur aux boulogne boys ! 1 grande pensé a la viktim du bambou armé é assassin! ACAB !

- lol honte aux fachos de boulogne ! tu trouve ça normal peut etre que depuis le temps qu'o sait qui ya des fachos au parc que vos dirigent n'aient rien fait pour faire le menage

- toonshape t'es partout toi sale cafard,tu fous ta merde partout sale bolos,j'espere que ta pute de mere se fera egorger sous peu que tu puisse comprendre l'ampleur d'un tel drame...tocard.

ACAB, c'est-à-dire "All Cops are Bastards", mais il y a pire que l'insulte, il y a ce sens de "l'honneur" qui fait qu'on tue pour un regard croisé, pour un drapeau agité, tout ce qui porte atteinte à cet honneur perverti qui tient lieu d'identité aux boys bands. L'"honneur" d'une soeur qu'il faut défendre, l'honneur du clan, du groupe, de la famille.  "Honneur" fait partie des tags sur les blogs que nous dévoile FOOT: DRAME ET XÉNOPHOBIE de John-Paul Lepers http://johnpaullepers.blogs.com/john_paul_lepers_leblog/2006/11/images_psg.html

comporte des vidéos et des liens sur des blogs de supporters et permet d’apprécier le langage des blogs des supporters. Voilà les tags d’une URL sur laquelle je ne ferai pas de lien, pour éviter la dissémination de la violence et qui propose un choix de vidéos de bagarres : « arabe arabes bagarre barbare black blanc comique courage délire entrainement fight figt foot football hooligan médecin maroc marocain marrant noir ridicule rire sketch skinhead vaillance vieux white ».

Le commentaire de Fred le confirme : « Le nombre de vidéos mises en ligne est affolante. Scenes de stades hystériques, batailles rangées de rue, ultra violence,... Les liens avec l'extrême droite dure ou les mouvement identitaires sont aussi assumés. Il existe un site "référence" pour les parisiens "hooligans", revendiqués et assumés comme tels. http://www.pariscasuals.com/. Et force est de constater qu'on est loin du supporter de la buvette à papa. Ce site est d'ailleurs amené à disparaitre au vu des derniers évènements. Pour réapparaitre ailleurs... »

Sur ce site des témoignages : « present hier soir. A la sortie du parc on peut sentir la tension. Proche du bar le princes qlq bagares, le groupe parisiens(si on peut apler ca un groupe), part en direction du rond point de st cloud et la un groupe de 5-6 juifs passent avec un sourir en coin et ce fout de la gueule des parisiens, bagarres a 6 contre 6 mais pas plus donc stop les delires de 150 contre 1. Ensuite ba le mec (policier) sort de nul part prendre un des juifs qui été mal mené, puis il part tombe etc.... et puis ba la bavure, aucune somation rien il tire directe(pas de brassard police sur lui). »

Ainsi la défaite, inhérente au sport, n’est plus tolérée, et surtout pas quand il s’agit de la victoire d’une équipe israélienne, de « juifs ». La défaite n’est pas vécue comme l’aboutissement possible d’un match mais comme une humiliation par ceux qui avaient compté sur la victoire (pour donner un peu d’éclat et de sens à leur vie ?) : « L'humiliation subie par notre équipe » « Les gens sont à cran, d'autant + que l'on s'est fait humilier par notre équipe, une fois de + (après Haïfa...). »  L’humiliation est une expression qui revient souvent comme étant à la base des faits. Et aussi la haine entre bandes: haine entre « Boulogne boys » et « Tigris ». La rubrique « reports » du site http://www.pariscasuals.com fait état des cognes et bagarres annoncées à chaque match en France et à l’étranger. Sur les blogs on insulte, on invective, on cherche à savoir à qui on a à faire « tu serais pas 1 feuj ? ». On ne dit plus un mec, mais « un juif », « un black », « un blanc ». Il y a un racisme anti-blanc comme il y a un racisme anti-arabe.

On sait comment raconter les faits, mais on ne sait pas comment les expliquer. Comment vient la haine de l’autre. Comment une vie peut être vacante au point d’avoir besoin de la haine pour la remplir, constituer une occupation valide et incarner « la banalité du mal ». J’ai trouvé un début de réponse dans les premières pages de « Considérations morales » d’Hannah Arendt. Elle  parle  du procès d’Eichmann qu’elle relatait à Jérusalem : « Aussi monstrueux qu’aient été les faits, l’agent n’était ni monstrueux ni démoniaque, et la seule caractéristique décelable dans son passé comme dans son comportement durant le procès et l’interrogatoire de police était un fait négatif : ce n’était pas la stupidité mais une curieuse et authentique inaptitude à penser . Il fonctionnait dans son rôle de grand criminel de guerre aussi bien que sous le régime nazi ; il n’avait pas la moindre difficulté à accepter un système de règles absolument différent. »

Pour le plus grand nombre, suivre la règle, le code, tient lieu d’armature, code du sport, code de la bande, code des marques, code de l’administration. « Les clichés, les phrases toutes faites, l’adhésion à des codes d’expression ou de conduites conventionnels ou standardisés, ont socialement la fonction reconnue de nous protéger de la réalité, de cette exigence de pensée que les événements et les faits éveillent en vertu de leur existence. »

Prenez une éducation formatée, qui se préoccupe en vain d’une utopique « égalité des chances » et non d’amener chacun à la conscience et à la pensée, répandez un critère universel de réussite sociale, l’argent, avec ses modèles de gagneurs, les sportifs riches et célèbres, et on aura le fondement des racines du mal.  Dès lors qu’une fraction de la jeunesse est dissuadée de penser, elle adoptera les premiers codes à portée de la main, qui donneront un sens à sa vie, en faisant l’impasse sur l’exigence de la pensée. Comme Eichmann adopte le code du régime nazi, faute de s’être forgé une pensée critique, les supporters et les héros des faits divers adoptent le code et le langage de la haine et du racisme, mais ils auraient pu aussi bien en adopter d’autres, s’ils s’étaient trouvés sur leur chemin. La capacité à penser par eux-mêmes, distincte de la connaissance et du savoir ne semble pas avoir fait partie des exercices exigés dans leur éducation.

 Et ici il faut rendre hommage aux tentatives d’universités populaires comme celles de la Maison Populaires à Montreuil dont le séminaire de philosophie "Ce qui force à penser » s’achève le mardi 28 novembre avec « Ici et là », les formes de la conscience à l’époque de la reproduction (3/3) « Pierre-Damien Huyghe, professeur à l’Université de Paris I

Suivra :

Emmanuel Levinas : l’hospitalité, la différence sexuelle et l’animalité
mardis 19 décembre 2006, 9 et 23 janvier 2007 à 20 h
par Paulette Kayser, docteur en philosophie à l’université de Paris VIII
Dernière publication : Emmanuel Levinas : la trace du féminin, éd. PUF, 2000 

http://www.maisonpop.net/rubrique.php3?id_rubrique=11