Les politiques s'enlisent : les français s'organisent, vive l'économie collaborative !

Tu pars et tu ne sais pas quoi faire de tes affaires ? Lors d'un stage ou échange à l'étranger, stocke tes affaires chez un particulier. Jusqu'à 50% moins cher... » La solution : le co-stockage.

La vie est devenue trop chère, et pas seulement pour les étudiants, et si on en inventait une autre ? L'imagination est à nouveau au pouvoir avec les jeunes entrepreneurs. Le préfixe « co » est la clef magique de cette nouvelle économie, ce « Nouvel Eldorado » présentée le 21 novembre cadre de la traditionnelle Fête de l'entrepreneur organisée par la Chaire Entrepreneuriat d'ESCP (École supérieure de commerce de Paris).

« La monnaie de la nouvelle économie est la confiance »(Rachel Botsman)

A côté des food trucks alignés dans la Cour de l'ESCP, Start me up, qui regroupe les entrepreneurs du campus, proposait des rencontres autour de l'économie collaborative, ce nouveau concept fondé sur le partage et l'échange. Des start-up aux noms plein de fantaisie, BlaBlaCar, KissKissBankBank, Bulb in town, et au business plan solide. Un mot-clef , point commun à toutes ces initiatives : confiance. Confiance dans leur « produit », d'abord, parfois patiemment élaboré pendant plusieurs années, confiance entre les membres de leur « communauté ». La confiance que les gens ont perdu dans les institutions et les politiques, ils la placent maintenant dans ces jeunes entreprises qui permettent une relation de particulier à particulier, qu'il s'agisse de confier son appartement ou sa voiture. « La monnaie de la nouvelle économie est la confiance » prophétisait la gourou de l'économie collaborative dans Rachel Botsman une TED conférence remarquée.

"Demain, Saint-Malo-Rennes, 5 euros !"

« Demain Saint-Malo Rennes, 5 euros » En Peugeot 307. Paris Bruxelles 20 euros, « trajet direct et confortable. BlaBlaCar  commencé très tôt sous le nom de covoiturage.fr , avec peu de budget et c'est maintenant un succès international. Comment ça marche ? C'est simple : « Faire la route tout seul ça coûte cher, ce n'est pas bon pour l'environnement ...» La solution : « Trouvez votre covoiturage parmi plus d'un million de trajets à venir ». On peut s'inscrire, même en dernière minute. Des start-up comme BlaBlaCar ont parfaitement intégré les mécanismes d'Internet : avis et recommandations des passagers, site ultra convivial avec BlaBla blogs, BlaBla news, BlaBla quiz, et BlaBla Tours rencontres IRL (In real life) des managers avec leur communauté. Question dans la salle « Mais il faut des millions d'euros pour lance un tel business model » Réponse de Laurence Wagner « Pas du tout, quand j'ai rejoint le fondateur j'ai commencé avec 500 euros de budget com ! ». Et aujourd'hui 5 millions de membres, un million de passagers impliqués par mois, et un impact certain sur le CO2.

Le joli nom de Bulb in town évoque les territoires, le terroir, le terreau, la jacinthe qui sort de terre même en hiver. Cette start-up invente le crowdsourcing local...Cette start-up invente le crowdsourcing local.« Aidez OccaZou!, Librairie Solidaire, à retrouver une OccaZouMobile!!« Participez au financement des commerces et associations près de chez vous, profitez en échange de bons plans exclusifs. » C'est fait : ce jeune libraire solidaire a réuni les fonds et conduit désormais sa librairie mobile. Les contributeurs et donateurs  ont gagné des livres et aussi des relations chaleureuses. Même opportunité pour la boulangerie du village qui veut faire des cupcakes ou le restaurant des soirées animées.

Car dans cette économie d'échange on ne gagne pas que de l'argent ! On gagne de la chaleur humaine, de l'intelligence émotionnelle, du respect, des relations, de la réputation. Et ce n'est pas Vincent de KissKissBankBank qui dira le contraire : « Libérez la créativité » KissKissBankBank met en relation des créateurs de projets et des contributeurs passionnés par la créativité. Vous souhaitez lancer votre projet ou soutenir un projet. Ce guide vous permettra de trouver toutes les réponses dont vous avez besoin. 9 824 809 €ont été collectés pour 5 297 projetscréatifs ou innovants grâce à 195 113 KissBankers.

La réputation, nouveau "metric" économique

« Se sentir chez soi chez les autres », c'est sejourning, site de location d'apparements entre particuliers avec assurance. Le site repose une fois de plus sur les outils Web et réseaux sociaux qui ont fait leurs preuves, et aussi sur une assurance « béton ». On doit retrouver son appart tel qu'on l'a laissé aux locataires...Et c'est là que l'on voit en quoi ces nouveaux intermédiaires intermédiaires sont indispensables dans leur rôle d'accompagnateur de projet. Ainsi la notion d'ordre et de propreté peut varier d'un particulier à un autre, et le rôle régulateur de l'équipe desejourning est là pour aider les particuliers à dialoguer. Pour l'instant zéro problème !

Marjolaine Grondin était également présente avec Blackbird, un outil communuautaire étudiant  pour l'instant destiné à Sciences Po, et on pouvait lire sur sa page Facebook « Dans quelques minutes je pitcherai Blackbird à Xavier Niel, Marc Simoncini et Jacques-Antoine Granjon, pour la finale de 101 projets. » Il y a donc pour ces start-ups concurrence et opportunités à condition d'envisager le marché du travail et de l'entreprise avec de nouvelles valeurs, un nouvel état d'esprit où l'honnêteté est une vraie valeur à la fois morale et économique. Tricher sur la qualité et la fiabilité est devenu quasi impossible avec la notion de réputation qui vous suit sur les réseaux du début à la fin...C'est le cas aussi pour 99designs qui garantit la qualité de ses 263 692 designers et pour Buzzcar en pleine fusion avec son ex-concurrent Citizen Car. Prêter sa voiture, c'est un risque qu'il faut accompagner. Ca bouge ! « Cookening vient d’annoncer l’acquisition de Beyond Croissant. La start-up qui vous propose de vous inviter chez l’habitant pour y partager un repas devient au passage un candidat sérieux au titre de leader français de l’eatsurfing. » Nous annonce Arthur de Grave sur le Blog de la consommation collaborative. Pour mesurer la réputation et la valoriser, on peut faire appel à la start-up Feedback qui incube à l'ESCP.


Une nouvelle valeur d'usage : l'expérience prime sur la propriété

Selon Nicolas Bouzou et Christophe Marquès, économistes du cabinetAsterès qui a publié en juin une étude sur le sujet appliquée au secteur hôtelier, « l’économie collaborative repose sur le prêt, le don, l’échange, la location et la vente de biens d’occasion ». Le principe est fondamentalement simple : l’usage d’un bien prime sur sa propriété. »  peut-on lire sur le Digital Post DDB http://digitalpost.ddb.fr/dans un retour sur retour sur l'étude d’Altimeter du mois de juin 2013. C'est ausi cet article de Nicolas Rauline qui suit l'affaire dans Les Echos Business,  au titre révélateur "Quand les start-up du partage bousculent l'économie traditionnelle".

Mais c'est la remise en cause du capitalisme, ça ! Mais oui, c'est une révolution soft qui commence à faire parler d'elle y compris parmi les économistes et qui frappe de ringardise les politiques d'état et leurs lourds appareils, leur frilosité face à l'innovation. Face à eux, mais aussi avec eux, pour les informer et les convaincre, Ouishare, encore un nom sémantiquement porteur : « OuiShare est une communauté ouverte internationale composée de passionnés -entrepreneurs, designers, makers, chercheurs, décideurs publics, citoyens, et bien d’autres- qui oeuvrent pour le développement de l’économie collaborative ».


Un gisement d'emploi qui commence à intéresser les territoires : Ouishare a initié une récente rencontre à Bordeaux . Ouishare c'est ce hub qui regroupe tout ce qui compte en matière d'économie collaborative et qui n'a pas peur d'avouer son ambition : prendre le pouvoir ! Face à des politiques qui ne le veulent pas le lâcher, c'est parfois difficile, non ? « Oui, un peu schizophrène » répond la lumineuse young leader, animatrice de OuiShareParis « nous considérons que nous avons une mission de service public, mais attention maintenant que l'économie collaborative prend de l'ampleur, l'état se rend compte du chaos que ça peut générer dans les institutions ! Nous avons été invités par Fleur Pellerin, mais nous gardons notre indépendance, pas d'allégeance à un parti ou une politique »

Pas question de revenir à la nostalgie des « 50 glorieuses » et à l'emploi style années 80, hélas encore beaucoup trop présent à l'esprit des "politiques" et des corps intermédiaires,  quand tout un nouveau champ économique s'ouvre. A expérimenter et vivre. Les prochains rendez-vous : Ouishare Fest auquel nous sommes tous conviés du 5 au 7 mai 2014. Et le 4 décembre à l'ESCP Europe « Osez l'innovation économique, les monnaies complémentaires et autres systèmes d'échange solidaires ». Inscrivez-vous ! Et que le gouvernement s'inscrive aussi !

"L'avenir du monde ne peut plus attendre. Pour appréhender la société autrement, nous devons changer de " logiciel de pensée ".

A lire (entre autres) : "Vive la corévolution !: Pour une société collaborative" Sophie Novel , Stéphane Riot  

"What's Mine Is Yours: The Rise of Collaborative Consumption"Rachel Botsman, Roo Rogers