Simplon Village : une école numérique au vert à La Loupe

Janique Laudouar, 29 juin 2014
« J'ai un nouveau métier ». Cette déclaration spontanée entendue le samedi matin 28 juin à la Loupe, Eure et Loir, a convaincu les participants à la présentation de Simplon Village http://simplon-village.com/. Elus, entrepreneurs, éducateurs, ou habitants adeptes depuis longtemps du numérique sont venus soutenir cette initiative innovante portée par simplon.co à Montreuil, et Zevillage, le site de référence national du télétravail né en milieu rural (Orne 61). L'Ecole numérique au vert a trouvé ses locaux : l'ancien collège de la Loupe 18 rue de la Gare. Le collège Jean Monnet à la Loupe, et son équipe, le principal du Collège et trois professeurs sont partants pour le projet qui réunit déjà de nombreux partenaires, dont le Conseil Général d'Eure-et-Loir (28) et sa délégation, une jeune équipe présentant des "objets connectés". L'ambition : une formation gratuite pour transformer des débutants motivés en entrepreneurs programmeurs professionnels avec un mot-clef : le code. Ou comment on fait d'un chômeur un développeur web en 6 mois d'apprentissage intensif.

« Intensif n'est pas un mot innocent », c'est beaucoup de travail admet Rémy Maucourt devenu développeur free lance grâce à simplo.co et qui facture sa prestation jusqu'à 500 euros par jour après avoir été un an au chômage. « Au début un long tunnel, un mur à casser pour comprendre les premiers concepts du code, un ou deux mois dans le noir ». Dans la future formation qui va débuter à l'automne le code est roi. Avec le rêve d'inventer peut-être l'algorithme de demain...Avec cette formation Romain Coeur a changé de métier, d'ingénieur dans l'aviation civile à développeur.  « Apprendre à coder, mais pas seulement » ajoute Rémy Maucourt, « la formation c'est aussi faire de la veille, de la prospective,  développer une confiance dans l'avenir, et la certitude de pouvoir apprendre tous les nouveaux métiers qui vont venir et d'être enfin dans un secteur de croissance ». Et de faire maintenant partie d'un réseau de mutualisation et d'échanges entre élèves« Simplon ça ne s'arrêtera pas »...

Erwan Kazzar, Simplon Village, et Anna STEPANOFF Innov'Educ

De nouveaux métiers numériques

La sélection? Pas par le niveau d'études. "De Bac moins 2 à Bac +8" commente Erwan Kezzar, cofondateur de Simplon.co à Montreuil, une ancienne usine transformé en espace convivial d'apprentissage et de réseautage. Erwan Kezzar,  cite les participants à la session de formation qui ont déjà lancé avec un certain succès leur propre projet. « Apprendre à apprendre » est un des points forts de la pédagogie, et aussi« apprendre par la pratique, apprendre ensemble,  se donner à 100% ». La motivation, plus que le niveau d'études, est un critère de sélection. Les fondateurs de l'école numérique au vert de la Loupe se sont inspirés pour Simplon Village de ce modèle, lui-même s'inspirant des « boot camps » à l'américaine, San Francisco, Chicago ou New York proposent des sessions d'entrainement intense. « On cherche des élèves motivés, débrouillards et surtout autonomes ». Cette formation débouche non seulement sur le métier de programmeur mais sur de nouveaux métiers comme « référent digital », capable de débloquer tous les problème quotidiens auquel se heurte une PME ou TPE avec le numérique ou encore pour ceux qui n'ont tout à fait atteint le niveau de programmeur « éducateur numérique » au service des habitants et des structures des collectivités locales.
Xavier de Mazenod, Zevillage le site du télétravail

L'avantage de cette formation : le travail à distance sur lequel rebondit Xavier de Mazenod, fondateur de Zevillage qui rappelle dans sa présentation les principaux avantages du télétravail « évolution sociologique importante »  : moins de stress, moins d'argent dans les transports, un management plus transversal, 96% des télétravailleurs sont satisfaits révèle un récent sondage d'où une baisse de l'absentéisme, une culture de travail collaboratif.

« Libres ensemble » est le motto de la Mutinerie espace de co-working à Paris. L'exode à la campagne étant un des paramètres possibles, la Mutinerie est installée dans une jolie maison de village non loin de La Loupe, Saint-Victor de Buthon. Xavier Jacquemet l'un des co-fondateurs est venu parler des projets de ce nouveau lieu. Pour lui, ce ne sont pas les murs qui doivent primer, mais l'humain. : « Le cœur d'une organisation ce sont ses talents ». Les convictions mises en pratique à la Mutinerie : la convivialité, l'ouverture « les meilleurs idées surgissent souvent autour de la machine à café » ou encore « les organisations se développent autour d'un écosystème ». Logiciels libres, humains libres, un état d'esprit sans doute fertile quand il vient de la société civile et quand les élus acceptent comme ceux de La Loupe d'être à l'écoute des compétences qui viennent dynamiser leur territoire

Un écosystème issu de la société civile dans les territoires : et dans le Perche ?

Après Zevillage dans l'Orne, des initiatives locales commencent à se faire connaître dans le Perche ornais  : Ecopertica qui met en place un réseau de construction écologique avec une approche innovante, comme l'habitat participatif. Dans le Perche eurélien La Boîte à outils s'installe, dans un créneau similaire : le petit bricolage qui manque cruellement aux particuliers venus s'installer en milieu rural. Le cinéma Le Rex à Nogent-le Rotrou a récemment programmé une série sur le thème «  « Regards sur le monde rural », avec par exemple des agriculteurs pas comme les autresla famille Ouy à Nocé, agriculteurs et transformateurs de produits bio avec succès depuis 20 ans. L'association Artank a commencé à mettre en ligne une carte dynamique des acteurs culturels innovants du Perche. Un club d'investissement qui a pour objectif de sélectionner et soutenir les jeunes pousses du Perche est en cours de formation à l'initiative d'un nouvel élu de Nogent-le-Rotrou . Un Forum qui regroupe ces initiatives locales relevant d'une nouvelle économie dont l'économie collaborative aura lieu à Nogent-le-Rotrou fin novembre durant le mois de l'Economie sociale et solidaire (ESS). Initié par Jean Thenaisy (maipouquoi)ce Forum se propose de démontrer qu'il est possible de "Vivre et consommer autrement", travailler autrement, en faisant une place à de nouvelles formes d'économie et de façon concrète à des stands de démonstration d'initiatives locales, tables rondes, ateliers.

Les structures tournées vers l'emploi se sont démultipliées :  Pôle Emploi, boostemploi,  Comité de Bassin d'Emploi, Capemploi mais le chômage court toujours : "Le chômage augmente de 0,7% en mai. La barre symbolique des 5 millions de chômeurs, catégories A, B et C confondues, est franchie" (Europe 1). Ces nouvelles valeurs semblent encore étrangères ou marginales alors qu'elles constituent peut-être le socle des emplois de demain. Ces nouveaux métiers dont la France est déjà en manque sont-ils pris en compte dans les missions des structures "officielles"? L'édition du vendredi 27 juin Ouest-France titre «le chômage de longue durée explose », alors que de nombreuses entreprises et particuliers sont en manque de services : qu'il s'agisse d'anciens métiers qu'il convient de remettre au goût du jour, comme cantonnier pour les chemins ruraux, ou encore faucheur d'herbe de petites surfaces, tâche que plus aucun agriculteur ne veut faire ou de nouveaux métiers de services : d'immenses besoins auprès de la génération des babyboomers vieillissants mais qui ne veulent rien lâcher et surtout pas les technologies qui leur permettent de conserver une place sociale active, voire des compléments de revenus pour leur retraite.  Eux sont prêts à payer pour un «assistant personnel » numérique, d'où l'idée peut-être d'une coopérative mutualisant les « free-lance ».

Eric Girard, maire de La Loupe et Président de la Communauté de Communes des Portes du Perche  soutient le projet et était présent samedi lors de la table ronde avec la députée Laure de la Raudière, a bien compris qu'il fallait d'abord faire venir talents et compétences sur le territoire avant de penser locaux et structures. Beaucoup trop d'élus font encore la démarche inverse : on voit se multiplier les bâtiments neufs pour les Pôle Emploi, salles des fêtes dans chaque village mais peu de réflexion sur l'écosystème de compétences émanant de la société civile pour les animer. Le « plus jeune maire d'Eure et Loir » Victor Provot de Thiron Gardais mise sur une attraction dynamique et des évènementiels participatifs et festifs  comme les 900 ans de l'abbaye de Thiron-Gardais, une médiathèque active sans compter qu'il a su attirer une « star » comme Stéphane Bern qui se rend avec gentillesse aux fêtes locales.

Il est temps que les élus pensent à consulter et impliquer leurs habitants dans les projets. Les compétences numériques sur leurs territoires sont là, experts, journalistes, webdesigners, développeurs,  directeurs artistiques, producteurs de contenus pour le Web, qui ne demandent qu'à mettre leur expertise au service du bien commun. 
Janique Laudouar

Des ateliers d'initiation avaient lieu l'après-midi on en retrouvera les photos sur la page Facebook "Simplon Village". 

"Apprenez la programmation et l'entreprenariat numérique : envoyez votre CV"

Contact : simplon.village@gmail.com