Le blog de la ménagère

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Tag - Antonin Léonard

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samedi, mai 21 2016

OuiShare Fest 2016 : avançons ensemble!

Duc Ha Duong, Officience, un des entrepreneurs emblématiques du numérique, les 100 Barbares, photoJL

A OuiShare #OSFEST16, on ne « suit » pas simplement 3 jours d'innovation  : on y « fait sa part », pour reprendre l'expression de Colibris . Chacun contribue à construire « le monde que nous voulons » guidé par l'époustouflante programmation. Pendant 3 jours on travaille dans un décor rudimentaire et une sobriété voulue (zéro waste), probablement plus vite et mieux qu'aucun parti politique ne le fait actuellement. C'est ici qu'on peut s'informer mais aussi apprendre des autres dans un gai partage du savoir fidèle à la philosophie de OuiShare. Et comme l'observe actuellement l'Université de Paris-Saclay qui mène une enquête (Sharing Networks) sous la conduite de Antonio A.Casili, (i3, Mines-Telecom),  et Paola Tubaro (LRI, CNRS) les participants forment un réseau national et international. ( Résultats publiés dans OuiShare Magazine). Ce réseau informel et spontané, connecté à l'innovation, imprégné de valeurs humaines, semble prêt à faire vivre de nouvelles gouvernances en entreprise, dans la ville, et en politique.  

                                                                          Janique Laudouar

Nous reviendrons sur le sujet de la Civic Tech et de ses valeurs dans une seconde partie. Lire le billet de Lison de Happy Democracy, Voxe sur Medium.

 

Avançons ensemble!

« La République du XXIème siècle ne doit pas dire à ces gens ce qu'ils ont à faire : elle doit leur offrir l'écrin à partir duquel ils auront le droit de passer de l'expérimentation à la grande échelle » pouvait-on lire dans l'éditorial de Usbek et Rica à partager sur le stand de la MAIF, partenaire de OuiShare Fest 2016. La « Super République » rêvée en couverture, « les gens » sont en train de la faire. « Ce pays est génial et on ne le sait pas » dit encore Usbek et Rica. Elus qui créent un écosystème propice à l'innovation sur leur territoire, grands groupes qui osent tout changer et bousculer l'inertie de leur organisation interne, comme l'a décrit, entre autres, Sébastien Bazin de la chaîne d'hôtel Accor Hotels, et toute cette société civile qui s'active partout dans le monde – OuiShare garde son caractère international – CEO, PME, entrepreneurs, start-ups, corporates, fonctionnaires, universitaires, scientifiques, communautés, collectifs politiques, activistes, ONG, geeks, codeurs, hackers, changemakers, doers, slashers ou tout simplement esprits curieux. Si l'expérimentation est toujours là 4 ans après le lancement de OuiShare comme think tank de la société collaborative, aujourd'hui le pragmatisme semble indiquer la ligne de conduite : avançons ensemble !

Le changement d'échelle semble être un désir partagé par les participants venus non pas seulement humer l'ambiance du futur, mais travailler au présent, bosser, échanger, écouter les propositions, trouver des solutions, établir des passerelles, créer des liens entre tribus qui hier s'ignoraient encore et aujourd'hui ont envie de se rencontrer, de savoir comment ça marche de l'autre côté, et de voir si on peut avancer ensemble. 

Images : Workshop Civic Tech : Will the Revolution be Uberized?  Julien Bayou, élu et porte porole des Verts, Heloise de Civocracy, Julie de Pimodan de Fluicity, Léonore de Roquefeuil Voxe, Maria Mella LaPrimaire.org . Participants au workshop.
Le 21 mai était une journée ouverte à tous et de nombreux collectifs étaient là

Partage de la valeur

Et enfin on comprend le titre, «After the Gold Rush», après la Ruée vers l'or, métaphore restée quelque peu mystérieuse. Oui, il y a ces formidables mutations, mais qu'en fait-on ? Oui il y a ce territoire à explorer, tel l'Ouest de la Californie à l'heure des pionniers. L'Or, promesse de bonheur est mis en parallèle avec cette économie de partage qui devait être par tous et pour tous. Il y a des réussites éclatantes mais qui demandent à être revisitées. Rappelons avec Paul Valery que les « les faits sont têtus » et que le salaire des grands patrons jugé disproportionné par tous sauf par les intéressés, n'a en rien évolué, au contraire, il devient de plus en plus choquant et révoltant : il symbolise une création de valeur de plus en plus centralisée et de moins en moins partagée. Hors le discours de OuiShare se doit toujours d'avoir un temps d'avance et questionne aujourd'hui la création de valeur issue du changement de modèle économique et sa répartition. La technologie Blockchain déjà présente lors du précédent Fest est cette année abordée de façon plus concrète via plusieurs experts et projets, («Blockchain beyond bitcoin » Stephane Tual, Slock.It, «Blockchain : the end of corporations or its reinvention , Nadia Filali, Caisse des dépôts, Arno Loeven, Philips Healthcare Blockchain Lab, Claire Balva, Blockchain France. Vincent Fily, Microsoft. Une technologie qui, selon Antonin Léonard peut être une solution pour la décentralisation de la valeur créée via les plateformes. La DAO (Decentralized Autonomous Organization) est abordée avec la même logique de répartition. «La montée inexorable de la DAO » titre Slock it «loue, vend ou partage «  à peu près tout, mais sans intermédiaire objectif qui lui a permis une levée de fond spectaculaire. « C'est la future infrastructure de l'économie de partage » annonce le site qui vient de se voir attribuer l'IoTAwards (internet des objets connectés) Vers Le Réseau Universel de Partage ? (Universal Sharing Network).

Partage du savoir

La mise en danger des « vieux modèles » peut être stimulante pour les organisations qui en ont compris les enjeux. Mais pour un état qui « semble dépassé par une vision court-termiste » et « dans l'incapacité de saisir les enjeux du numérique » (MAIF) , le réflexe est plutôt conservateur : sauver à tout prix des modèles condamnés et des professions sinistrées, et alourdir encore la dette publique. Pour les jeunes millenials, ces trentenaires agiles avec le numérique qui ont déjà tout compris du parti qu'ils pouvaient en tirer, la lourdeur de l'état et de son administration, les contraintes archaïques, le déluge législatif, génèrent de la colère et du mépris, quand ce n'est pas de la violence. Finie, la paix sociale, quand il y a un tel décalage entre la jeunesse et ses gouvernants, entre la société souhaitée et celle qu'on tente de leur imposer. Mais patience, grâce à leur maîtrise des plateformes digitales, leur usage pertinent des algorithmes, leur aspiration à de nouvelles valeurs, ils construisent la « politique collaborative » qui va changer nos institutions. Les millenials n'attendent plus que le système s'adapte, ils créent des écoles et des cours en ligne A Ouishare nombreux sont venus avec de nouveaux modèles de méthodologie éducative (Jeremy Lamri, Monkey Tie) ou d'écoles autonomes (Ramin Faranghi Ecole autonome) plus adaptées au XXIème siècles que nos systèmes d'éducation classiques

Partage de la gouvernance en entreprise

Démocratie dans l'entreprise?
Peut-on instituer une véritable démocratie dans l'entreprise ? Y a-t-il des similarités avec la démocratie politique qui nous est familière ? Quelles sont les solutions proposées par les coopératives et les mutuelles implantées depuis longtemps en France ?

« La démocratie dans l'entreprise »Jean-Louis Bancel Président (Crédit coopératif), Catherine Coupet (CEO Up Group) Dominique Mahé (Président Maif) moderé par Marguerite Grandjean (OuiShare). L'entreprise ajoute une corde à son arc : elle devient purpose-driven, objectif d'intéret général. Les mots-clefs du management ont changé : confiance, écoute, fluidité surgissent de la table ronde modérée par Marguerite Grandjean, OuiShare connector, expert sur le sujet de la gouvernance. La démocratie dans l'entreprise, fait partie de la mutation et tient compte du désir des jeunes d'une société moins verticale et plus collaborative. La MAIF opère la mutation de son modèle coopératif en prenant des parts dans des start-ups (guest-to-guest) et comme partenaire de Ouishare vers une société collaborative. Partenaire de l'Université Jean Monnet, de l'Institut Mines Telecom, pour un MOOC « Comprendre l'économie collaborative » qui sera lancé en septembre www.fun-mooc.fr : un entretien filmé avec Antonin Léonard avait lieu sur la terrasse MAIF où on prolonge les débats du « Circus ». Un effort reste à faire pour impliquer les clients mutualistes MAIF pas toujours informés de ces avancées. Chez Up, (les chèques-déjeuners, 3 millions de sociétaires) on accorde beaucoup d'importance au partage de la décision. Mais comment faire vivre cette démocratie dans l'entreprise ? La question est posée « Ecouter la voix des silencieux » En organisant des éspaces d'échanges . Le Crédit coopératif a l'ambition d'instaurer la traçabilité pour ses clients, important de savoir « où va l'argent ?. Pour la Maif les mots clefs sont audace et confiance . « D'abord la confiance en nous » dit Dominique Mahé, « en notre modèle. »

L'entreprise entre Horizontalité et verticalité : l'exemple de Accor Hotels

Comment le management des start-ups influence les grands groupes ? L'horizontalité est une des valeurs plébiscitées à OuiShare.Tout n'est pas si simple. Car les grands groupes ont un héritage « d'inertie » comme le pointe Sébastien Bazin Président directeur général d'Accor Hotels face à une jeune start-upeuse Celine Lazorthes Founder & CEO, MANGOPAY qui le « challenge » en posant d'emblée la question de la concurrence airbnb . « Je ne suis pas contre eux », répond Sébastien Bazin, « c'est le futur et je veux en faire partie. Je suis ici pour apprendre. Nous avons raté trop d'étapes depuis 12 ans, Expedia et Booking, Trip advisor. Je ne veux plus être un spectateur. Nous, chaîne d'hôtel, nous nous sommes concentrés sur le produit, la marque. Hors c'est le client qui est au centre. Facebook interagit des millions de fois avec ses clients, et nous, combien de fois par an ? Je veux qu'ils viennent à Accor pour faire du co-coworking, qu'ils invitent des amis, pas seulement pour y dormir. airbnb c'est une idée forte, mais elle a déjà 7 ans, ils devront s'adapter. Ils proposent plus davantage de volume à un prix inférieur au nôtre, nous devons faire un effort dans ce sens. » Céline fait remarquer qu'avec les taxis de type Uber, quand elle arrive de l'aéroport, elle trouve un prix fixe, une bouteille d'eau et peut recharger son portable. Que propose Accor pour marquer le changement ? Sébastien Bazin souligne l'obstacle de l'inertie dans les grands groupes, dirigés par des plus de 50 ans. Joël de Rosnay, qu'il estime, lui a fait remarquer que les jeunes«millenials», les trentenaires, n'attendent pas  : « Je sais ce que je veux, et je le veux maintenant. » Et s'ils ne le trouvent pas, ils l'inventeront. C'est pourquoi il a été décidé à Accor de monter un comité directeur parallèle, un shadow cabinet, composé de jeunes, 8 femmes et 7 hommes. C'est eux qui portent une vision du futur. D'instaurer la transparence. Et l'horizontalité" Action : le personnel d'Accor, venu avec la responsable Talents et Compétences Arantxa Balson. « We will survive » conclut Sébastien Bazin, « Nous survivrons » Voir  : « Flat or Hierarchical Organization ? Breaking the binary with Buffer and Accor Hotels, modéré par Antonin Léonard. (image).

A OuiShare on fait un travail sérieux mais on ne se prend pas au sérieux. Diana Filippova et team OuiShare

Le travail à l'ère digitale, nos institutions à l'âge de l'algorithme : évangélisons!

Pour la communauté OuiShare, qui a mis en pratique ses convictions en faisant toute la CR transparence sur l'organisation, quelle conclusion ? Pour Diana Filippova (OuiShare/microsoft) , la question du travail reste centrale et nombre de conférences y étaient cette année dédiées («The ( Present) Future of Work », « Challenging our traditional beliefs in work and business», «Prêt à travailler à l'ère post-industrielle?» Esko Kilpi Company, Tim Leberecht Founder, The Business Romantic Society, Nilofer Merchant Author, The Social Era, Harvard Business Review modéré par Arthur de Grave) . Pour Diana c'est «l'âge de la maturité et l'établissement de points clefs. Le sujet principal, c'est le travail» Assez du brassage de concepts. il faut maintenant «entrer dans le dur» des vraies transformations. C'est aussi l'avis de l'auteur de ecobase21.net «Evitons le piège des généralités dans les débats et entrons dans les détails» Michel Giran a recensé « de multiples réseaux d'acteurs du changement». Les compétences et les solutions existent, il faut maintenant les mettre en œuvre à une échelle significative et Ouishare peut y contribuer.  «L'âge de la maturité, c'est aussi vivre dans la conversation plutôt que dans le divergence». Et pour y arriver, «créer des espaces de dialogue, des agoras. A Ouishare, c'est important d'accueillir les nouveaux participants de manière naturelle, les «confirmés» connaissent, «ils savent où trouver les gens, ils savent que ça se passe autant sur le green qu'à l'intérieur ». Alors, l'événement et son futur ? Lever des fonds pour un événement est ardu.«Il y a une crise de l'événementiel en France » note Diana. Et il vrai que les participants ont critiqué ces conférences arrogantes qui prolifèrent un peu partout avec Super Héros du Net et Big ideas, et qui leur semblent relever d'un registre archaïque. Image : Domenico di Siena Civic Wise rend hommage a Nuit Debout place de la République en parlant des agoras (Gentrification from below)

Le challenge de la rencontre entre organisations et start-ups est-il un pari gagné? Pour Arthur de Grave, co-fondateur et éditeur de OuiShare magazine, «nous avons l'habitude de l'hybridation, c'est la quatrième édition. Nous faisons en sorte que ceux qui n'ont pas l'habitude d'interagir ne soient pas perdus, nous créons des espaces de dialogue» Après les tables rondes, des lieux sont aménagés pour prolonger le dialogue. «On a appris à être pédagogue, cette année nous avons indiqué pour chaque session des niveaux d'expérience, ça va de «Découverte» à«Avancé». Le Fest est un moment d'accélération, de catalyseur. OuiShare Fest reste un événement à taille humaine, 1500 participants inscrits, 2000 personnes qui ont suivi les conférences en live, 3000 attendus pour la journée ouverte du samedi 21 mai.» L'évolution, après «le souffle naïf de la première édition»? (Cette année 2016 est la 4ème édition) «Au départ c'est le culturel néo libéral qui nous a poussé à bout, il fallait trouver un nouveau cadre». Et c'est vrai qu'à OuiShare c'est le côté «nulle part ailleurs» qui séduit, une vraie originalité dans les sujets mais aussi dans la préservation d'une ambiance unique dans ce brassage de publics différents mais animés d'une curiosité commune. Malgré ce défi d'équilibriste entre tribus diverses «Ouishare vieillit bien» conclut Arthur de Grave.

Partage et Bien Commun


"Le Bien Commun, le Bien Commun! Il faut ancrer vos productions dans les communs" martele en conclusion Yochai Benkler (Harvard), Si le mot « partage » est toujours omniprésent, le rôle de OuiShare en 2016 est plutôt cette année un rôle de partage du savoir, sortir de « l'entre-soi » de l'innovation débridée et de l'élite hyperconnectée, pour endosser encore davantage un rôle constructif d'accompagnement des institutions et des entreprises dans la transition numérique, d'acculturation des organisations de bonne volonté, qu'elles soient publiques ou privées. Sans oublier l'individu qui doit s'armer de compétences adaptées à l'ère des réseaux (Building indivividual Capabilities for the Network era). Non, tout ne depend pas des réseaux et des plateformes. « It's all about people, skills, wishes and beliefs ». « Tout dépend des gens, de leur savoir-faire, de leurs désirs, de leurs convictions. »

                                                                                Janique  Laudouar  

A suivre  dans la partie 2 a venir "Civic Tech : les nouvelles valeurs de la démocratie"

Un compte-rendu partie 2 sera consacré  a la Civic Tech et aux collectifs en train de se constituer partout dans le monde.

 

dimanche, mai 24 2015

OuiShare Fest 2015 : immersion dans la société collaborative

« Consommation collaborative, open source, plate-formes, makers, fablabs, coworking, crowdfunding, impact, monnaies alternatives, gouvernance horizontale, holocratie, démocratie liquide » le champ lexical de la « sharing economy » a peu de chance de rencontrer celui du « retour de la croissance » de l'économie traditionnelle. Et pourtant l'économie collaborative devient planétaire. Plus encore que le contenu pointu et prestigieux des conférences, l'organisation impeccable et inventive, la réussite de OuiShare Fest 2015 aura été de partager avec tous sa ferveur, sa modestie, de rendre l'innovation accessible et joyeuse, de nous faire vivre un futur à portée de main, de nous engager à « faire notre part », à co-construire et à co-créer le monde que nous voulons.

Janique Laudouar

L'économie collaborative dans le hall d'entrée du Cabaret Sauvage lors du OuiShare Fest 2015 : de plus en plus de publications sur le sujet.

Vivre dans une société collaborative

Il y a le monde tel qu'il est, et le monde tel qu'il devrait être, dont OuiShare collecte, diffuse et incarne les valeurs.OuiShare Fest 2015, c'est trois jours d'immersion dans le monde tel qu'il est déjà, pour les1000 aficionados et connecteurs qui se sont réunis du 20 au 22 mai au Cabaret Sauvage, Parc de la Villette à Paris. Ce qui va changer le monde, ce n'est ni la technologie, ni les applications, ni l'économie, ce sont les gens. Vous, moi la façon dont nous allons nous adapter et opérer notre « transition ». Transition du vieux monde vers le nouveau monde que nous voulons : un monde dédié à l'altruisme, au bien commun, au partage, à la contribution, non comme utopie, mais illustré par des initiatives concrètes. OuiShare Fest cette année dépasse le thème de l'économie collaborative pour aborder celui d'une société collaborative, faite par les gens pour les gens, via les systèmes peer to peer et les plate-formes et technologies diverses et aussi une solide dose de philosophie, sociologie, bref une panoplie mentale adaptée au citoyen conscient et connecté.

Le business model de OuiShare Fest est en soi un exemple : une communauté mondiale, des bénévoles de toutes les nationalités, tous motivés par la philosophie OuiShare qu'ils pratiquent eux-mêmes, heureux d'être là. Ces bénévoles trié sur le volet viennent d'une école de commerce à Grenoble ou préparent un doctorat à Berkeley, une école de design à Londres ou Helsinki. Ils partagent 50% de leur temps en « tâches » pour le festival et 50% de leur temps à engranger du savoir, de la valeur ajoutée, des contacts. Des partenaires comme la Maif ou la SNCF, La Poste ou Castorama, Up, ne sont pas des sponsors au sens traditionnel du terme, mais viennent pour apprendre et s'informer. Des billets payants, qui peuvent être assez chers, certes, mais avec des tarifs abordables si on sait s'y prendre à temps comme le tarif « hacker » à 50 euros. Et les participants ont eu droit à un accueil attentionné du café du petit déjeuner aux tartines de confiture du goûter, du 100% bio, toilettes sèches et zéro waste, pas de papier glacé, le programme sur les téléphones mobiles grâce à l'application Sched. Et la soirée de clôture OuiShare Love, ouverte au public ! OuiShare Fest, c'est aussi la fête !

D'Internet à blockchain

Internet est bien à la base de tout, et comme le dit justement Pia Mancini (Argentine), qui présentait sa plate-forme DemocracyOS, Partido de la Red, Internet a d'abord été conçu comme un système décentralisé à son origine, puis s'est centralisé à nouveau avec le monopole de grands groupes qui ont su se saisir de avec opportunité du code et de l’algorithme, puis se décentralise à nouveau via des technologies comme block chain, utilisée pour BTC, bitcoin. Technologie phare de ces 3 jours, elle peut s'appliquer à d'autres usages coopératifs. 

Transition : vers un autre mode de vie

(ici Carole Delga, Secrétaire d'état, avec Diana Filippova et Yoann Duriaux)

Reste l'économie classique. Reste la politique classique. C'est bien pourquoi la thématique « transition » est choisie. Nous voulons de moins en moins consommer et de plus en plus participer, partager, expérimenter, agir, aimer, inventer, créer. Dès lors il est nécessaire d'inventer d'autres modèles. « Aujourd’hui, je suis aussi coworkeuse, je voyage avec Couchsurfing et Airbnb, j’utilise vélib et autolib, et je soutiens de projets sur des plateformes de crowdfunding, et je suis adhérente à une coopérative alimentaire. L’un des piliers de la communauté OuiShare reste tout de même le rejet de la surconsommation de masse et un mode de vie plus responsable. » confie Asmaa (OuiShare) au blog consocollaborative.La vidéo (avec sous-titre en français) de The story of stuff  est un petit bijou de pédagogie qui engage à une citoyenneté responsable. Le stuff, c'est toute cette masse de surproduction si mal distribuée et parfois nocive.

Comme le dit justement Carole Delga,  Secrétaire d'état du commerce et de l'artisanat  venue visiter la manifestation, "consommer, acquérir, était dans les années 50 à 70 la marque d'un statut social". C'est presque l'inverse aujourd'hui, quand on entend un jeune décrire son style de vie, Emmaüs pour les objets, covoiturage et vol low coast pour se déplacer, et du « do it yourself » avec du bois recyclé quand il a besoin d'un meuble. « Fini la propriété, vive l'usage ! » pour reprendre le titre d'un des événements « satellite » du jeudi 21 mars ou encore sur les murs « Plus de joie moins de choses ». C'est maintenant ne plus consommer qui est de venu la marque du citoyen averti et mature, par rapport aux tristes caddies pleins à ras bord de la consommation de masse. Interpellée par Yoan Duriaux, apôtre des tiers lieux en France, sur la nécessité de prendre en compte cette société civile agile, celle des makers et des Fab Labs, Carole Delga assure qu'elle en informe les chambres de commerce, et diffuse sa conviction qu'il faut rapprocher cette « économie de partage », de l'économie circulaire, de l'économie sociale et solidaire bien intégrée dans les territoires. Ces nouvelles économies ont des valeurs sociales et des questionnements proches.

Pour Antonin Léonard, ce qui exige encore beaucoup d'énergie,c'est ce  "tiraillement" entre l'ancien monde, toujours bien en place, même s'il est fragilisé par les sondages et autres signaux fort ou faible faibles de désaffection, et ce nouveau monde en expansion. D'où le titre « Lost in transition ? » choisi pour cette troisième édition. « Nous n'avons pas les même mots » constate Antonin Léonard, pourtant en faveur du dialogue entre les deux mondes. Le vocabulaire du programme : « consommation collaborative, open source, plate-formes, makers, fablabs, coworking, crowdfunding, impact, monnaies alternatives, gouvernance horizontale, holocratie, démocratie liquide » le champ lexical de la « sharing economy » a peu de chance de rencontrer celui du « retour de la croissance » de l'économie traditionnelle.

Tisser des liens

Au coeur de ces trois jours, les rencontres humaines. Chacun a envie de savoir qui est l'autre, son voisin, chacun se parle et échange. Il est aussi enrichissant de bavarder avec une bénévole collaborant à Mon cher Paris que d'échanger une carte de visite avec le philosophe Michel Bauwens.

Michel Bauwens, entretien avec Diana Filippova. Ci-dessous "The sharing table" : on peut prendre un objet et visiter le site http://www.shareable.net/

« Give before you take », « Donnez avant de recevoir » : avec ce message évangélisateur ouvrant le festival, Charles Eisenstein ("Sacred Economics) aura donné le ton. Don qu'on peut faire à certaines plate-formes « gratuites » comme Wikipedia qui aura montré la voie du succès coopératif Contribuer au financement de plateformes à encourager. Un bénévole me parle du projet très avancé dans lequel il est impliqué La Louve, projet de coopérative dans le 18ème arrondissement de Paris ou les « actionnaires » donneront aussi un peu de leur temps, 3 h par semaine.

Rencontre humaine aussi avec les grands bénéficiaires de l'économie collaborative, qui sont la cible de méfiance et de critique dans la controverse actuelle. En écoutant Frédéric Mazella, de bla bla car, réussite emblématique avec 20 millions de membres avec profil vérifié, ou Scott Heiferman de Meet up, plate-forme de rencontre de gens partageant un intérêt commun, qui annonce meet-up pro pour les entreprises, on s'aperçoit que ce qui est à la base de leur réussite, c'est bien la croyance en leur projet, leur sincérité, l'authenticité de leur force de conviction. Sens de l'observation, volonté de co-construction avec les utilisateurs, et une plate-forme en ligne bien conçue et efficace ont fait le reste. Leur moteur a été le souci de combler les besoins nouveaux en services adapté aux moyens des citoyens, d'être à leur écoute et de co-créer avec eux, qui ne semble plus être la préoccupation des politiques classiques. La confiance reste le mot-clef de l'économie collaborative, comme nous l'avions écrit  dans un billet sur l'économie collaborative et comme le confirme Vincent Houba d'architectures invisibles.

Transition du vertical à l'horizontal

Transition : passer d'une société verticale à une société horizontale, c'est presque mission impossible en France où la pyramide hiérarchique reste trop souvent inflexible. Les nouveaux managers ont en commun le même regard sur « cette société en « silo » dont nous ne voulons plus ». Diana Filippova coordonnatrice fait partie de cette population de jobouts, ceux qui ont osé quitter un « vrai » travail rémunérateur pour se lancer dans une aventure créative. Scott Heifferman de Meet up insiste sur la nécessité d'aimer ce qu'on fait. Parmi les événements satellites, la question est posée par la Gaité Lyrique et iGi Partners le 8 juin d'un nouveau type de management« Le XXIe siècle amène la remise en cause de l’organisation pyramidale et des managers. Exit le Taylorisme, place à l’innovation pour que les organisations retrouvent agilité et performance.Dans un tel contexte, l’Holacratie suscite curiosité et questionnement : une organisation peut-elle réellement fonctionner sans chef ?» Elle peut en tout cas redistribuer, et c'est un peu le reproche qui est fait à ceux qui actuellement, qui engrange des bénéfices sans les partager et sans penser les nouveaux modes du travail. « Décentralisé », « autonome », « par les gens et pour les gens », reste le modèle à atteindre comme http://lazooz.org, « collaborating transportation » dont le modèle original renouvelle le genre du co-voiturage (on paye en monnaie alternative, la zooz) et prévient les critiques : plus on utilise la plate-forme, plus on conduit, plus on gagne en actions de la société !

Nouveaux savoirs, nouveaux métiers : "le futur du travail"

Est-ce la fin du travail salarié comme le prédit Jeremy Rifkin,  et Bernard Stiegler dans un entretien à WeDEMAIN à l'occasion du dernier OuiShare Fest? "Le modèle salarial tel qu’on le connaît aujourd’hui et que défendent les syndicats est celui de Keynes et de Ford." "L’emploi salarié va devenir minoritaire." ""Freelance" est devenue le statut "normal" du travailleur déclare Sara  Horowitz qui a crée https://www.freelancersunion.org/  qu s'exprime sur le futur du travail. Une étude américaine livre le chiffre de 53% de travailleurs free-lance aux Etats-Unis. Notre pari est que de nouveaux savoirs, de nouvelles compétences, vont créer de nouveaux métiers pour la société collaborative. Savoir créer une communauté, une plate-forme en ligne, savoir mobiliser une communauté s'apprend : avec FullMobs, "la mobilisation nouvelle génération" par exemple, qui propose de vous aider à mobiliser les foules, de s'impliquer dans des actions de solidarité. Un jeune entrepreneur français s'inspire de Thunderclap pour monter Daycause : soit une plate-forme qui se propose d'orchestrer votre communication "rallier des soutiens pour diffuser un message tous ensemble au même moment sur les réseaux sociaux. On parle de communication collaborative". Sharetribe se propose de vous créer votre "place de marché" en quelques minutes!Voilà qui va faciliter de l'idée au projet, non?

Implémenter l'économie collaborative fait partie des nouvelles missions déjà en marche d'associations ou d'entreprises. Devenir consultant pour les villes ou collectivités comme collaboriamo à Milan, (fait partie de Sharitories, un projet OuiShare), ou Territoires hautement citoyens http://www.territoires-hautement-citoyens.fr lancé par Armel Le Coz de Démocratie Ouverte. Savoir coder, décrypter et utiliser les bases de données, le web sémantique ou les technologies alternatives comme blockchain. Savoir accompagner les entreprises  sur le chemin du changement, comme peers.org,  les aider à développer leur business modèles comme http://estrelab.com/,  à comprendre et appliquer les nouvelles valeurs, http://alkimya.co/.

Nouveaux modèles dans l'agriculture, avec, par exemple, l'ilôt des combles, http://www.lilotdescombes.fr/ microferme en permaculture. Les OuiShare awards et le tableau d'honneur de La Poste ont mis en valeur des initiatives très variées nées du crowdfunding. Dans le domaine de l'artisanat, le numérique peut changer la donne avec l'imprimante 3D, entre autres. Les entrepreneurs collaboratifs se sont aussi emparé du marché du "do-it-yourself", du fait main, de la dentelle, du tricot, on peut citer etsy et A little market, qui eût cru à cette réussite? Autant de pistes pour se lancer dans une nouvelle activité qui pour l'instant semblent pur l'instant « hors du radar » du marché de l'emploi. Il faudra aussi sans doute de nouveaux modèles d'éducation ou la réactivité, l’agilité, l'adaptabilité, la créativité, la persévérance, le mindfullness, seront des comportements et compétences enseignés et mise en valeur. Avec générosité, les entrepreneurs internationaux présents ont prodigué conseils et concepts clefs pour lancer sa plate-forme sur la place de marché. Fréderic Laloux auteur belge de "Reinventing organizations", "pour ceux qui pensent que le modèle actuel a atteint ses limites". A la fois pragmatique et idéaliste

"Y-a-t-il une application pour sauver la démocratie ?"

Mathieu Lerondeau, La Netscouade animait le débat avec Armel Le Coz, Démocratie Ouverte, Clara Delétraz, ex-French Tech, qui prépare un nouveau projet, Simona Levi, International Network, X.net, Clémence Pène Digital Strategy, Mairie de Paris,  présentaient leurs plate-formes dédiées à une démocratie ouverte, faite par et pour les citoyens.« Gouverner c'est prévoir » : l'adage depuis longtemps déserté la classe politique mais il est relayé au niveau mondial par une multitude de mouvements qui ont pour objectif de designer une nouvelle gouvernance, par et pour les citoyens. Simona Levi défend avec passion  http://xnet-x.net/en/ C'est un des modèles de démocratie en ligne. Plutôt que de passer leur temps à pourfendre les archaïsmes, la jeunesse mondiale les contourne : elle teste, elle expérimente, elle se lance et souvent réussit. Cette jeunesse là, très présente à OuiShare, semble plus mûre pour la gouvernance que bien des gloires usées de la politique. Des dizaines de collectifs émergent pour contester les « grands sommets », les « assemblées nationales » ces « autorités » instituées qui donnent l'impression d'être déconnectées du quotidien des habitants, et au final de délivrer une gouvernance européenne et mondiale médiocre et inadaptée. Présents à OuiShare Démocratie Ouverte, DémocratieOS, Assemblée-virtuelle, Regards Citoyens, Vox la plate-forme internationale de comparaison des programmes politiques ou encore l'Institut des Futurs souhaitables. Certains sont déterminé et actifs mais discrets comme # Ma Voix. Co-constuire les lois semble aujourd'hui un minium pour redonner son sens au mot « démocratie ». Pour d'autres comme Parlement et Citoyens, il s'agit d'accompagner les élus et de les convaincre d'impliquer les citoyens dans la gouvernance. Tous ont des plate-formes en ligne opérationnelles.

Hacker un terme de plus en plus fréquent pour désigner le fait de construire une réponse parallèle aux institutions. On parle de hacker l'Assemblée nationale, hacker la politique, hacker les élections. En projet : hacker par une présence active le sommet mondial du développement durable à Paris. Hacker a un sens positif et constructif. Face à une classe politique qui démontre chaque jour davantage à gauche comme à droite sa stratégie électoraliste et court-termiste, la proposition est de co-construire une gouvernance proche des gens avec tous les citoyens. Reste à déterminer quand et comment se rencontreront ces initiatives et quels dispositifs communes elles peuvent envisager. La technologie blockchain est déjà utilisée par DemocracyOS. Slim Bouzid, tunisien, (contrepoints.org)la décrit comme «un modèle à bases de données décentralisées, où l’innovation et la créativité sont totalement distribuées et librement accessibles à tous ».

Les femmes sont très présentes à OuiShare Fest , Pia Mancini, DemocrayOS,  Partido de la Red, Léonor de Roquefeuil de Voxe, plateforme civique, Primavera de Filippi, chercheuse, ça discute fort autour de blockchain et son usage pour les plate-formes !

DemocracyOS est une plateforme open source d'expression citoyenne que tous les pays peuvent utiliser  "la Tunisie l'a utilisé pour élaborer sa constitution,  la Tanzanie l'utilise" nous dit Pia Macini. "Le parti politique ( Partido de la Red) reste nécessaire pour synthétiser l'intelligence collective." Un nouvel engouement pour blockchain exposé par la chercheuse Primavera de Filippi et un atelier bien mené par Caterina Rindi

OuiShare Perspective

«Ce sont moins les techniques et les outils que les formes d'organisation et d'action qui sont les plus prometteuses, à court et moyen terme. »

Un projet pour la fin de l'été, POC21, http://poc21.cc/camp/the-innovation-camp.html un « camp » qui va réunir pendant un mois des makers innovants, designers, ingénieurs, dans un château pour « hacker » de façon positive l'événement très officiel de le COP2 et proposer des prototypes open-source sur les thèmes de la Conférence sur le climat des Nations Unies ( 30 novembre au 11 décembre 2015). Pour s'exprimer, dans ce sommet mondial il faut avoir le statut « d'observateur accrédité » selon des catégories officielles définies. Une restriction très « ancien monde » qui exclut les défenseurs passionnés!

Le monde que nous voulons : "C'est parti!"

Pour Antonin Léonard interrogé par une équipe brésilienne, OuiShare est passé de la position d'expert à celle de militant pour la naissance d'une nouvelle société. « Nous sommes des doers ». Pour Arthur de Grave, que retirer du OuiShareFest 2015 ? : «  On a gagné en professionnalisme ! » Sur les projets futurs : il n'y pense pas encore, « ça tourne ! » Et sur l'avenir de la société collaborative, Arthur de Grave répond: « C'est parti ! » Plus encore que le contenu pointu et prestigieux des conférences, l'organisation impeccable et inventive, la réussite de OuiShare aura été de partager avec tous sa ferveur, sa modestie, de rendre l'innovation accessible et joyeuse, de nous faire vivre un futur à portée de main, de nous engager à « faire notre part », à co-construire et à co-créer le monde que nous voulons.  Janique Laudouar