Rond-Point de Margon, feu de bois et chaleur humaine

Ils sont passés devant le magasin Leclerc -  et je les ai suivis jusqu'au rond-point de Margon qui juxtapose Nogent-le-Rotrou, avec mon Gilet Jaune bien sûr. Enormément de coups de klaxon en signe de sympathie : motos, camions, voitures avec gilet visible sous le pare-brise leur disent "nous sommes avec vous!" comme d'ailleurs 80% des français.

Ils sont pacifiques, ils sont sympathiques. Et ils sont en colère. Ce qui les agace : la disparité des salaires. "Lés élus, mais pourquoi les payer autant, ils font partie du service public, je ne vais pas payer mon postier 6000 euros !" Quelques minutes plutôt une jeune femme me disait "Et 'argent de l'Europe, ces millards qu'on donne à l'Europe, ça sert à quoi?" L'utilisation opaque de l'argent public vient en tête de la colère, ils y a un univers où on parle de dépenses en milliards, et un autre en vingtaine d'euros. Mépris.

 Les Gilets Jaunes laissent passer assez facilement les voitures "C'est un gars d'ci, c'est un gars du cru, laissez passer !" ou ceux qui roulent pour de bonnes causes "Ils vont faire un téléthon, laissez passer". Annie est "tout le temps sur Facebook"  avec son mobile et elle montre en direct les Gilets Jaunes à Paris. 

Il pleut  mais il fait bon, il y a de beaux feux de bois (produit local), du café, des croissants. Comment l'intendance s'organise? "Il y a eu pas mal de chapardage, pendant la nuit, c'est dommage, ça, vraiment dommage, alors maintenant, on ne stocke plus, juste ce qu'il faut, les gens nous apportent des saucisses, hier on a mangé des tripes." 

"Il faut tout remettre à plat ! Changer le système politique!"

Quelles sont les revendications de chacun?  "Pouvoir vivre de notre travail", "se faire entendre des élus". Se faire entendre, être écoutés, c'est le point de départ du dialogue possible. "Hier la Communauté  de Communes a éteint l'éclairage du rond-point, pour nous, ceux qui restaient la nuit,  c'était dangereux". Et puis aussi, les slogans le disent "ras le bol" général. Pascal a été chauffeur routier international" j'ai très bien gagné ma vie, mais suite à un accident de santé, je ne peux plus exercer mon métier,  et je perçois 900 euros, la moitié de ce que je gagnais. J'avais des économies, mais c'est fini !" Et en cette période, les cadeaux de Noël qu'on ne va pas pouvoir faire ...
Et puis la crainte des augmentations venir, la hausse de l'électricité  annoncée  mais "comment on va se chauffer?" "On paye les mauvaises décisions d''EDF, on paye le scandale de la COGEMA et les erreurs stratégiques, l manque de contrôle des dépenses (8 millards de deficit d'Areva, on s'en souvient) et le budget de fermeture des EPR qui explose". Et c'est à ces "classes moyennes" qu'on demande de payer les erreurs de gouvernance. 
Et la conclusion, elle est là : "il faut tout remettre à plat ! Changer le système politique !".