Le blog de la ménagère

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mardi, juin 19 2018

Faut-il tuer le CESE? Ou l'encourager? La participation citoyenne en question

Faut-il tuer le CESE ?

Faut-il tuer le CESE ? Ou en faire un partenaire ? Sous ce titre provocateur, nous entendons par CESE le symbole de ces institutions para gouvernementales dotées de moyens mais dont on ne sait plus vraiment quelle est leur utilité. Il ne s'agit pas de fustiger les femmes et des hommes de bonne volonté qui y travaillent mais de s'interroger sur la raison d'être des institutions, en terme d'efficacité. «  483 comités, nous sommes un pays qui crée beaucoup de comités » dira Patrick Bernasconi président du CESE en introduction. Nous étions conviés par Décider ensemble et Synopia à un colloque « La Place du citoyen et de la société civile dans la décision publique ». Décider ensemble s'attache depuis 10 ans à « diffuser une culture de la décision partagée ». Présence dans la salle du Drenche, de Parlement & Citoyens, Didier Fradin avec Elisabeth Dau impliqué entre autres dans ce nouveau mouvement le Municipalisme.

Dernière minute

Ce colloque avait lieu le 14 juin, en préalable au débat qui vient de commencer à l'Assemblée nationale sur la révision constitutionnelle. Si on mentionne "l'accélération de la fabrique de la loi", n'est pas explicitée la participation du citoyen à la co-construction de la loi. Depuis Démocratie Ouverte a lancé pour le mercredi 11 juillet une réunion qui pose la question "Partout en France, des centaines d’innovations démocratiques et de solutions institutionnelles sont inventées et parfois expérimentées dans les territoires. Il est du devoir de l’Etat et des parlementaires de les encourager et de s’assurer que la participation du citoyen dans la vie publique ne reste pas une simple promesse de campagne. "

Adopte un amendement citoyen ! Conférence de presse & ‘Match démocratique’ - Mercredi 11 Juillet 2018 à partir de 18h à la Halle Civique Belleville 27 rue Piat, 75020 Paris

La participation citoyenne

La participation citoyenne comme on l'a répété avec constance sur ce blog est devenue nécessaire à l'élaboration des politiques publiques, mais où lui donner sa place ? Peut-on « institutionnaliser » la participation ? Le CESE aimerait bien se positionner comme intermédiaire entre la société civile et l'état et devenir « La Chambre du Futur » telle qu'imaginée par le Chef de l’État, mais ses règles de fonctionnement semblent d'un autre temps, à réformer d'urgence. 500 000 voix citoyennes pour examiner une pétition, un seuil beaucoup trop haut comme il sera dit. Une plateforme de consultation existe mais les sujets traités sont décidés par le CESE. Il faut donc attendre mois ou années. La note de cadrage sur la révision constitutionnelle de Décider ensemble pointe précisément les difficultés et l'état des lieux : Omnipotent et omniprésent l’État concentre le pouvoir et les moyens au détriment d’initiatives locales qui pourraient porter efficacement et durablement la vision d'avenir suggérée par l’exécutif.

Points de vue d'intervenants : Loïc Blondiaux, Julie de Pimodan de Fluicity, Baki Youssoufou We sign it Severina Bellina, le député Mathieu Orphelin, le sénateur Henri Cabanel ,  

La grille des fragilités

Severina Bellina est directrice de de l'Institut de recherche sur la gouvernance et à ce titre observatrice des « pouvoirs » à travers le monde et sur le territoire français. La grille des fragilités sert à repérer les points de faiblesse des états qui peuvent mener à la violence . L'approche gestionnaire de certains états n'a pour objectif que de reproduire un modèle. L'état est déconnecté des aspirations et initiatives. Aujourd'hui la défiance et la peur dominent les interactions Des catégories de population restent invisibles. Institutionnaliser, oui, mais la participation doit être un « pouvoir par le bas, sinon ça ne fonctionne pas » il ne faut pas institutionnaliser « par le haut »

Comprendre les enjeux des habitants avec Fluicity

Julie de Pimodan et son équipe ont interviewé 2000 citoyens avant de fonder Fluicity. Verdict : la non participation est due principalement au sentiment profond de ne pas avoir d'impact. Comment restituer cet impact : la démocratie à l'échelle locale. La plateforme permet de comprendre les enjeux des habitants et apporte une valeur ajoutée : une audience, une qualité démocratique, mieux comprendre la population grâce au big data. Le numérique est un accélérateur de participation citoyenne. Dans la ville de Vernon 12% de la population est connectée à la plateforme (500 personnes) . Un tableau de bord qui permet aux élus d'être plus efficace, on creuse les propositions des habitants pour en déterminer la faisabilité. Permet aussi de faire remonter les points de vue originaux.

« La participation citoyenne demande des moyens » (Baki Youssoufou)

Baki Youssoufou est un social media stratégiste, son métier, c'est l'amplification digitale. Il a fondé le site de pétition We sign it : 4 millions de citoyens en France, 7 milions si on inclut l'international.

Il pose la question de la participation citoyenne en terme d'objectif. Comment ? Pourquoi ? Parce que c'est dans l'air du temps ? Business ? Volonté politique ? En tout cas on ne peut pas séparer le fond de la forme : les 6 hackhatons que We sign it vient d'organiser font partie des outils. « On ne peut pas créer des outilsoffshore dans des lieux éloignés. En même temps que les outils il faut fabriquer les moyens de faire participer les citoyens ». La participation citoyenne ne peut pas se faire à coût zéro : il faut des moyens similaires aux campagnes électorales. « La démocratie, ça coûte cher. "

Parlement ouvert avec le député Mathieu Orphelin

Des députés au parcours comme Mathieu Orphelin député LREM Maine et Loir 1ère circonscription ont su sortir l'écologie de son carcan pour se mobiliser sur l'environnement . . Ancien porte-parole de Nicolas Hulot, il fait la proposition sur son site « Mettre l’environnement, le climat et biodiversité à l’article 1er de la Constitution serait une avancée majeure et indispensable. Il pense lui aussi que mobiliser 500 000 citoyens comme le demande le CESE, c'est beaucoup. Il lance le Parlement Ouvert sur la première circonscription du Maine-et-Loire. « Un lieu de construction et d’échanges pour renforcer les liens entre le député et les citoyens et acteurs du territoire. » et avec Paula Fortezza Questions citoyennes au gouvernement.

Egalement intervenant Henri Cabanel,(sénateur de l’Hérault) agriculteur viticulteur qui travaille avec Parlement & Citoyens Henri Cabanel et Joël Labbé (sénateur du Morbihan) ont lancé une nouvelle consultation publique sur la plateforme de Parlement & Citoyens. L’objectif de cette consultation est de co-construire avec les citoyens deux propositions de loi sur le statut de l’élu.

On peut aussi citer les élus qui ont monté des assemblées avec leurs habitants. Un mixte d'élus et de simples citoyens pour Véronique Louwagie députée de la 2ème circonscription de Orne qui réunit avec succès son Conseil de Circonscription en commissions de réflexion sur les projets de loi examiné à l'Assemblée nationale. Récemment le 11 juin "sur le thème de l’apprentissage et de la formation. Échanges intéressants avec les Compagnons du Devoir sur des expériences, du vécu, des orientations et préconisations".

Encore un rapport sur le numérique ! 

ll y avait déjà – entre autres - Ambition numérique" (Benoit Thieulin) Rapport du CNNum : engager la France dans la "transition numérique.nouvelles manières de concevoir et d'évaluer les politiques publiques "dans une logique de gouvernement ouvert" Est-il utile de commander un nouveau rapport sur un sujet proche, qui reprend des éléments largement diffusés ces dernières années ou régulièrement dans la presse et apporte peu de reflexion nouvelle ?« Réseaux sociaux numériques : comment renforcer l'engagement citoyen ?   ne répond pas vraiment à cette question cruciale et se consacre essentiellement à un panorama généraliste des réseaux sociaux et une analyse de leurs usages. Rien de nouveau. Anne Popelin, auteure, membre du CESE, n'est pas une expert du numérique, ce qu'elle avoue avec modestie. Gérard Aschieri co-auteur non plus. Parlement & citoyens est cité, Nuit Debout, mais peu des collectifs civic tech qui sont nés avec la période électorale entre 2015 et 2017 et sont peut être appelés à jouer un rôle dans les prochaines. élections. On peut citer Open Source Politics ou encore Voxe dont l'un des objectifs est de susciter l'engagement chez les plus jeunes et bien sûr Démocratie Ouverte partenaire du CESE. Un rapport oui, mais n'est-il pas temps pour le CESE de passer de la préconisation à l'action ? A commencer par se doter lui-même d'outils permettant le dialogue avec les citoyens.

Loïc Blondiaux : le tendanceur de la politique

Loïc Blondiaux, en chasseur de tendances de la politique, est sans doute celui qui décrit le mieux la frustration actuelle. Sa reflexion n'est jamais figée ni « déjà vu » mais toujours réactulaisée au plus près des mouvances. Il pointe l'accélération du temps, la pression pour répondre en temps réel qui finit par ne plus laisser place au temps de la délibération. L'échange est perçu comme un affrontement. Le système éducatif ne forme pas à l'écoute de l'autre. Il en résulte une posture de défiance de ceux qui n'ont pas réussi dans le système scolaire (hyper compétitif, hyper individualisé).Dans ce type de gouvernement technocratique « la décision ne sert à rien si on connaît déjà la réponse » Les réponses sont déjà là, les objectifs tels que « réduire les déficits » empêchent toute discussion.Les intérêts économiques priment toujours sur l'intérêt de la Nature. Les décisions sont prises entre individus cooptés.

Pour Loïc Blondiaux, il n'y a pas de déficit d'outils. Les outils sont là, mais il manque 3 éléments

1 La volonté : il faut que ceux qui organisent la participation aient vraiment envie qu'elle produise des effets.

2 La crédibilité : elle ne peut pas se donner d'emblée. Il faut que les citoyens aient le sentiment que leur interlocuteur ait de l'influence.

3 Les moyens : pas de participation sans moyens Que fait-on des avis et propositions collectés ? Il faut les traiter et c'est un long travail de traitement des données.

Quel soutien ? Quelle(s) solution(s) ? L'accompagnement des institutions par les collectifs citoyens

« Le CESE devient la chambre de la société civile et animera la démocratie participative » annonce le CESE sur son site La Chambre du Futur, peut-être mais accompagnée par les collectifs citoyens qui sont déjà des observateurs de la vie publique et leur donner les moyens d'élargir leur action. “Améliorer NosDéputés.fr n’est possible qu’avec l’aide de l’Assemblée nationale ! Lettre aux questeurs » écrit Regards Citoyens. NosDéputés.fr & NosSénateurs.fr La Fabrique de la Loi reprend du service grâce à un financement, . Les espaces de participation du Sénat, par exemple, semblent de pure forme, et la participation citoyenne peut prise en compte. On se souviendra comment Regards Citoyens avait accompagné le décryptage d'une participation citoyenne en nous réunissant pour dépouiller les avis en ligne des citoyens consultés.

Assez de rapports et de préconisations, de « personnalités qualifiées » qui ne seront plus nommées par la Présidence comme l'a annoncé Emmanuel Macron. Pourquoi ne pas interroger les collectifs politiques citoyens qui foisonnent et voir quelles méthodes provoquent – ou non - l'engagement sur les nombreuses plateformes en ligne dédiées à la participation citoyenne. Quel espoir de fédération et quel poids auprès de la gouvernance et par quelles voies ? Quel impact ?

S'il y a un rôle à jouer pour l'institution si elle veut passer à l'action, c'est soutenir et rémunérer l'accompagnement "civic tech"  en faisant appel aux nombreux mouvements et jeunes entreprises du « numérique », comme make.sense ou make.org, Bluenove, l'Institut des Futurs souhaitables, qui sont en capacité de le faire. Parlement  & Citoyens, Fluicity, We Sign it, Démocratie Ouverte, La Belle démocratie, Open Source Politics, Regards Citoyens, Voxe.org, qui ont à la fois la conviction, les outils et les « followers ». Il faut observer les méthodes agiles des jeunes entrepreneurs pour faire aboutir leur démarche. Ce sont les meilleurs alliés des élus, si on veut bien se donner les moyens d'organiser l'alliance avec l'agilité et la sincérité nécessaire.

Janique Laudouar

lundi, septembre 14 2015

Nouvelle Démocratie : la relève politique

"Vite, faites entrer les barbares" : "la démocratie face à la révolution numérique, transformer les relations entre la puissance publique et les citoyens" "réinventer les élections" étaient parmi les thèmes de la conférence sur la démocratie de Nicolas Colin du 9 juillet 2015 à The Family en partenariat avec l'Institut Montaigne. Qui sont les "Barbares"? A l'origine des entrepreneurs du numérique décidés à "débloquer la France". Une élite éclairée et rompue au digital, certes, mais cet automne c'est la société civile "ordinaire" qui partout en France semble vouloir se mettre en ordre de marche et "hacker" la démocratie.

La société civile en ordre de marche pour renouveler la politique

Il y a quelques mois, ils étaient encore invisibles. « Hors du radar ». Mais en cette rentrée politique, impossible de les ignorer. Qui ? Nous, vous et moi, la société civile, citoyens qui agissons, porteurs de nouvelles valeurs. Il y a plusieurs mois nous les annoncions. Ils sont là et bien là. Et pas seulement en France. Le phénomène est international. Podemos en Espagne, Syriza en Grèce, DemocracyOS s'étend dans le monde, El partido de la Red en Argentine, Islande, Tunisie. Et il sonne comme un avertissement. Et un espoir : une renaissance politique.

(Image : à OuishareFest 2015 trois femmes en politique  , Pia Mancini DemocracysOS, Léonor de Roquefeuil, Voxe, Primavera de Filippi (chercheuse expert blockchain), discutent des plateformes numériques!

L'émission C dans l'air le 25 août sur la 5 avait pour sujet «La tentation Varoufakis», citant l'ex ministre grec comme exemple de dissidence des gouvernances classiques. Sur le plateau seule Corinne Lepage semblait avoir conscience de la profonde mutation politique en marche « "On est au début d'une uberisation de la politique". Et de décrire une classe politique « hors sol » qui continue à penser en terme d'échéance électorale. Quand elle souligne le foisonnement de mouvements porteurs d'idées en marche et d'actions en cours, immédiatement l'un des intervenants les qualifie de « populisme », et de masquer par une connotation négative son incompréhension du phénomène. Car le plus stupéfiant c'est qu' « ils » ignorent l'explosion ou font semblant de l'ignorer. « Ils », le pouvoir, la classe politique « classique », les élus, les « élites déconnectées », bref le petit monde politico-médiatique, celui qui devrait être le plus informé, le plus à l'écoute

« Pas sans nous ! »

« Pas sans nous !» (nom de la Coordination Nationale « Pas sans nous »http://www.passansnous.org ) semble être le cri du cœur des citoyens las des lois qui continuent à tomber comme des couperets sans consultation autre que le traditionnel va et vient entre Assemblée nationale et Sénat. Las des annonces non suivies d'effet. Las du dysfonctionnement récurrent d'une administration « centrale » demeurée par nature conservatrice, dont la force d'inertie exaspère. Las d'une justice dont la lenteur et les délais hors norme ne semblent jamais remis en cause. Las enfin des mesurettes là où ils attendaient des changements structurels. Les gouvernances semblent devenues peu à peu inadaptées pour faire face au monde présent et au monde qui vient. C'est à la fois un constat politique mais aussi un ressenti exprimé ou tacite dans les populations qui ne sentent pas écoutées et dont les préoccupations prioritaires ne sont pas prises en compte.

Avant l'été plusieurs débats et séminaires ont dénoncé cette fausse démocratie et la nécessité d'aller vers un autre type de gouvernance, une nouvelle démocratie. « Les vieilles pratiques démocratiques se périment à toute vitesse et l’essoufflement de notre modèle politique appelle une réponse, sous peine de voir les mouvements contestataires se multiplier. » prédit Nicolas Colin co-fondateur de The Family où avait lieu la conférence très suivie « Les barbares attaquent...la démocratie » en partenariat avec l'Institut Montaigne. Etaient intervenants,Thierry Favre, fondateur de Democratech, Arthur Muller, Co-founder de Liegey Muller Pons,Camille Vaziaga, déléguée générale de Renaissance Numérique.  Le Forum « Changer d'ère » organisé à la Villette donnait des pistes concrètes et exposait les solutions expérimentées par les citoyens. Joël de Rosnay et d'autres y présentaient un avenir imaginatif et porteur d'espoir. Joël de Rosnay figure parmi les contributeurs de La Revue du Cube avait choisi pour thème de son dernier numéro #8 de mai 2015 « Révolution positive ». Le prochain thème sera encore plus précis : « Refondation ». « Le 14 juillet 2015, le Conseil économique social et environnemental (CESE) et l’Institut des Futurs souhaitables se sont unis pour mettre en lumière ces héros et héroïnes, ces « révolutionnaires positifs » . « 150 collectifs porteurs d’une vision alternative, optimiste et inclusive de l’avenir » http://congresdufutur.org/     

La nouvelle démocratie : la relève politique est assurée

Croire en la refondation de la démocratie, oui mais avec qui ? Et là c'est plutôt réjouissant car la relève semble assurée. Face au déluge législatif, lois ficelées à la hâte et qui révèlent ensuite leur inadéquation au «terrain » et leurs failles, Parlement & citoyens propose la co-gouvernance et la co-construction des lois. Avec certains élus conscients de la nécessité de co-gouverner. Une nouvelle plate-forme en ligne et son mode d'emploi permet de s'inscrire et de faire des propositions. Des députés ont rejoint le projet. Le rapport du maire-adjoint de Lille à la secrétaire d’État en charge du numérique Axelle Lemaire prône un véritable « partenariat public-privé-population ». Mais ces préconisations seront-elles adoptées par le gouvernement? Les collectifs, eux, sont libres d'agir MAINTENANT. Démocratie Ouverte grandit vite et de vient de fusionner avec le groupe animé par Michel Briand, Gouvernance contributive. Selon Armel Le Coz : «D’une poignée de co-fondateurs passionnés et de porteurs de projets démocratiques » le mouvement fédère de « de plus en plus de citoyens qui cherchent des espaces pour s’engager et agir concrètement en faveur de la transition démocratique. » VOXE recrute et cherche des passionnés de démocratie participative « intéressés par la politique, autonomes et qui ont envie d'agir dans la transition démocratique. » La transition se prépare dès maintenant : « en 2017, nous n'avons pas envie de voter pour vous » déclare https://democratech.co/ «  Autre collectif, Regards Citoyens, dont les membres « se sont rencontrés sur Internet dans un désir commun de proposer un accès simplifié au fonctionnement de nos institutions démocratiques à partir des informations publiques. » « Inventer la démocratie du XXIe siècle, un débat à la fois: DemocracyOS arrive en France. « Ré-inventer la Démocratie c'est possible. Partons à la rencontre d'idées, de personnes, d'outils, pluriels et innovants » affiche DEMOS XXI le web-documentaire qui espère réunir les fonds sur Kiss kiss bang bang.

L’Institut des Futurs souhaitables « participe de cette dynamique à un moment clef où partout dans le monde, les porteurs d’innovations concrètes se révèlent et se rassemblent. » Le tirage au sort est un dispositif qui revient souvent comme alternative à la démocratie représentative. Etienne Chouard milite depuis longtemps en sa faveur, et pour l'écriture d'une nouvelle constitution écrite par les citoyens. En Belgique « Le député Peter Vanvelthoven, c’est son nom, veut que les sièges du sénat ne soient plus occupés que par des citoyens tirés au sort ! » Le collectif #MaVoix (lancé au printemps) par Quitterie de Villepin souhaite aussi le tirage au sort. Une simple page sur Facebook au printemps a fait boule de neige. On peut y lire le manifeste du collectif qui lui aussi grandit. Des députés volontaires éduqués par des MOOC puis ensuite désignés par tirage au sort pour défendre les demandes citoyennes. Dans #MaVoix, des compétences, des têtes bien faites comme Valentin Chaput qui pratique l' « open source politics » transparence, échange d'information, réunions ouvertes grâce à l'application meet up. DEMOS réclame une chose simple : 6 Lois par an, décidées par et pour le peuple. Les citoyens exigent le remplacement du Sénat par des Assemblées Démocratiques dont les membres pourront être vous et moi. Mais cette « chose simple » est-elle souhaitée par les gouvernants en place ?

Et pendant ce temps là...la classe politique

« Et pendant ce temps là », écrit Jacques Attali dans l'Express du 26 août au 1 septembre, « la classe politique prépare benoitement sa rentrée sur le mode le plus traditionnel et le plus éloigné des enjeux -bref le plus nul, le plus indigne du pays. » Cynisme, ignorance ou indifférence, le manque d'écoute de la société civile devient criant et le silence des élus assourdissant face à l'explosion des aspirations et actions citoyennes. « Ici à Brest en fin de mandat la gouvernance contributive et l'innovation sociale ouverte ont été inscrites dans le programme de l'équipe élue. Mais dans la réalité, très peu d'élus s'approprient ce changement de paradigme vers une société contributive » nous dit Michel Briand, membre du Conseil national du numérique, initiateur du Forum des Usages Coopératifs à Brest qui en en 2014 avait anticipé la mutation politique et le nouveau rôle de l'élu. « Ceux qui gouvernent n’ont pas intérêt à soulever la question du bon gouvernement. Gouverner aujourd’hui, c’est essayer de survivre, c’est séduire. L’intérêt des gouvernants est de rester dans une telle conception archaïque du pouvoir comme propriété personnelle, comme outil de manutention des esprits et d’élimination des adversaires. »constate Pierre de Rosanvallon, professeur au Collège de France auteur de nombreux ouvrages sur la démocratie et fondateur du projet« Raconter la vie », donner la parole aux « invisibles »,  « pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays. » Il vient de publier « Le Bon gouvernement ». « Le centre de gravité est aujourd’hui la relation gouvernés-gouvernants. »

Et Demain? 

« Facebook a compté un milliard d’utilisateurs connectés en un seul jour » soit « 1 habitant de la terre sur 7 »(http://www.presse-citron.net/lundi-un-habitant-de-la-terre-sur-sept-etait-sur-facebook/. La civilisation du numérique rend caduque l'actuelle relation gouvernants avec tout pouvoir, gouvernés qui subissent. Avec l'arrivée d'Internet en France l'interactivité est entrée depuis 20 ans dans les usages des citoyens qui sont mûrs pour une vraie démocratie qui inclut leur participation et leur expertise. « Chacun, citoyen, journaliste, webmaster ou autre peut s’emparer de la plateforme et l’enrichir. » affiche Voxe. « Parlement & Citoyens «  permet aux citoyens et aux parlementaires de rechercher ensemble les solutions aux problèmes de notre pays » grâce à une plate-forme où il suffit de s'inscrire pour proposer ou commenter une loi. Une interaction permanente entre gouvernés-gouvernants, grâce aux plate-formes numériques et aux applications qui rend la fluide, est la nécessaire condition de la démocratie aujourd'hui.

Voxe.org est finaliste de GoogleImpactChallenge 2015. Vous pouvez voter : https://impactchallenge.withgoogle.com/france2015/charity/voxe

La 4ème édition du LHFORUM / Positive Economy Forum au Havre du 16 au 19 septembre 2015
http://positiveeconomy.co/fr/positive-economy-forum-le-havre-2015-2/

L'émergence des communs populaires http://tempsdescommuns.org/
http://tempsdescommuns.org/jardins-partages-en-communs/
  Festival francophone des communs du 5 au 18 octobre 

"Curieuses démocraties" Saillans, 18-20 septembre 2015 http://www.curieusesdemocraties.org/

http://www.ted.com/talks/pia_mancini_how_to_upgrade_democracy_for_the_internet_era?language=en

http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20141219.OBS8339/start-up-ces-barbares-qui-veulent-debloquer-la-france.html

dimanche, avril 5 2015

"Démocratie Ouverte ": une renaissance politique

"La transition démocratique : une journée à l'Assemblée nationale

Le débat organisé par Démocratie Ouverte à l'Assemblée nationale le 30 mars - le lendemain des élections départementales - commençait par ce constat : « à l'échelle locale,à l'échelle européenne, le besoin d'un renouveau démocratique se fait de plus en plus pressant. Des mouvements spontanés naissent grâce aux réseaux, qui pourraient bien se révéler en 2017, à l'occasion des présidentielles et des législatives. Le 31 mars, se réunissait à Paris à l'Archipel les Barbares. Ce nom mystérieux regroupe des individus bien décidés à faire valoir leur conviction via les  réseaux sociaux. Ce soir là, ils ont pitché leurs projets, échangé des témoignages, partagé des expériences « inspirantes » à partager pour changer le monde. Et une nouvelle démocratie...

                                                                                                                                                                                                                    Janique Laudouar

La fin de la démocratie représentative ?

L'analyse très lucide de Loïc Blondiaux, professeur chercheur à Paris I en ouverture permet de mieux comprendre ce que les politiques s'obstinent à ne pas voir. La démocratie représentative s'est imposée à la fin du 18ème siècle, une représentation exclusive qui est remise en cause aujourd'hui. Dans «  un contexte d'affaiblissement des démocraties occidentales incapables de régler les crises et d'influencer la vie des sociétés» les citoyens ont de plus en plus de mal à accepter qu'on leur demande de payer une ardoise d'une gouvernance défectueuse, d'un endettement pour lequel ils ne se tiennent pas responsables. Partout en Europe et aussi ailleurs les mouvements de refus se multiplient répondant à l'appel de Stéphane Hessel « Indignez-vous », des Indignés de Occupy Wall Street à Podemos en Espagne « Mover ficha: convertir la indignación en cambio político », « Prendre les choses en main : convertir l'indignation en changement politique » On assiste « à une mobilisation critique des grands projets venus d'en haut » ou au contraire à « un sentiment d'indifférence qui monte » ou encore des formes d'auto-organisation « on va faire sans l'état, sans les institutions. » ce qui « représente un risque très fort pour les démocraties. ». Dans la participation citoyenne, Loïc Blondiaux voit une série d'enjeux : la capacité pour chacun d'influencer la loi, préserver l'intensité du débat démocratique – citant Pericles et la démocratie grecque « Nous considérons tous ceux qui se désintéressent de la démocratie comme des parasites.",faire une place à l'expertise profane dans le processus de décision démocratique.« Aujourd'hui la prise de décision a lieu a lieu a huit clos. Hors pour qu'elle soit légitime, il faut qu'elle ait été débattue. » Il ne faut pas sous-estimer « l'hostilité et l'inertie des structures institutionnelles et la tentation néo-monarchique du chef, ce désir existe.

Hackhaton, un modèle efficace de collaboration ?

Gilles Babinet est devenu le porte-parole de tous ceux qui ont une vision autre que celle qu'on continue à nous proposer d'une France « verticalisée ». « Une France un peu engoncée dans de veilles habitudes », notamment celle d'une « fascination pour les élites, les « grands corps, les personnels  ultra qualifiés» au détriment d'une classe plus représentative et peu présente dans les ministères ou à l' Assemblée nationale qui compte 40% de fonctionnaires. Un système qui a du mal à opérer une transition vers une demande pourtant de plus en plus ardente des citoyens : celle de participer. « Nous ne sommes pas pleinement reflétés, les citoyens sont prisonniers d'enjeux qui ne sont pas les leurs ». Pourtant, il y a de nouvelles voies. Et on ne s'étonnera pas que Gilles Babinet, « digital champion pour l'Europe », cite Lawrence Lessing « code is law » « le code conforme la réalité » et prône le design de la réalité comme une des formes nouvelles de débat politique, donnant l'exemple du hackhaton -auquel il participer personnellement - comme « réalité puissante ». Non, légiférer n'est pas le seul mode de gouvernance, il émane des initiatives positives des territoires. C'est l'essor du numérique et en particulier des plate-formes comme celle de Parlement & Citoyens qui permet à ces initiatives de fédérer et d'exister 

« L'ADN numérique pilote notre action » (Laure Lucchesi Etalab)

Laure Lucchesi présente Etalab, l'outil officiel de l'ouverture des données, avancée majeure pour la démocratie ouverte. Avoir accès aux données permet entre autres de décrypter les dépenses publiques. La France est membre d'Open Gov et à ce titre a l'obligation de préparer un plan d'étape. Il faut développer une culture de la « comptability » notion difficile à traduire, une culture de la « redevabilité » mais qui correspond au désir des citoyens de savoir comment l'argent de leurs impôts est dépensé. Munie de données précises, l'expertise citoyenne peut œuvrer pour le bien commun. « La technostructure ne peut plus régler à elle seule la complexité » affirme Laurence Lucchesi, « l'ADN numérique pilote notre action ». L'expertise citoyenne a de l'avenir.

« Les événements survenus sur les ZAD (Zones d'aménagement différé, rebaptisées Zones à Défendre) de Sivens et de Notre Dame des Landes ont mis sur le devant de la scène le besoin de repenser et de simplifier les procédures du débat public. »C'est le même terme d'une « contre-expertise » citoyenne qui sera employé par plusieurs intervenants, dont Laurence Monnoyer-Smith vice présidente de laCommission pour le Débat national qui parle de la grande difficulté à consulter sur « les grands projets du futur » et « se heurter à des visions du monde divergentes ». Elle préconise pour les territoires "une critériologie partagée" pour un vrai "vivre ensemble".

"Parlement & citoyens" : une plate-forme à intégrer au Parlement ?

Cyril Lage a eu l'idée de Parlement & Citoyens, s'est allié à Armel Le Coz designer de services et Bastien Jaillot, développeur. C'est leur plateforme qui a été adaptée pour la grande concertation en ligne réussie du CNN http://www.cnnumerique.fr/, qui devrait être un modèle.L'association prend de l'essor avec une stratégie douce : inciter des députés et même le Président de l'Assemblée nationale Claude Bartolome à prendre en compte l'immense désir des citoyens de participer et de proposer.

Patrick Raimbourg, député, Cyril Lage "Parlement & Citoyens"

Plate forme en ligne, Parlement et Citoyens est opérationnel et accessible, et le sera encore plus dans sa nouvelle version, qui permettra aux citoyens de proposer des lois. Dominique Raimbourg, un député « techno » plutôt en pointe (Loire-Atlantique) qui soutient Parlement & Citoyens confirme que les lois se font en comité restreint « 10 à 12 personnes ». Pour la loi pénale qu'il a réussi à faire voter après négociation, il a bien consulté 300 personnes, syndicats de magistrats, de policiers de professionnels des prisons, etc. Mais les citoyens ? Les lois qui sont votées ne sont pas assez mises à l'épreuve des faits et du terrain. « On produit de la norme il faut voit l'efficacité de la production de cette loi, on produit de la loi bavarde » Est cité comme exemple dans la salle la loi inapplicable sur la protection des majeurs dénoncée par des milliers de familles détruites et des dizaines d'associations. En vain. Omerta. La louable expérience de Claude Bartolome qui a ouvert la consultation pendant 7 jours sur le sujet de la fin de vie est jugée méritante mais insuffisante. Il faut aller plus loin dansl'empowerment, redonner le pouvoir aux citoyens. Interviendront l'après-midi sur le thème« Territoires hautement citoyens » animé par Armel Le Coz un panel de maires très actifs dans la mise en œuvre de la contribution citoyenne -dont la mairie de Paris - qui a ouvert un budget de 500 millions d'euros pour les projets participatifs - Eric Piolle maire de Grenoble, le bouillonnant Jo Spiegel, maire de Kingersheim en Alsace qui prédit « la fin des UBU rois. « Haute qualité démocratique » est sa devise, très applaudie, bravo à tous ces maires « avancés ».

Bienvenue aux contre-pouvoirs !

« Le numérique est ainsi une opportunité pour renouveler, enrichir, étendre la participation et la co-construction entre l’État et les citoyens. » peut-on lire sur Etalab. « Il faut hacker l'Assemblée nationale » s'exclame un rebelle. Inutile, « de nouveaux contre-pouvoirs afin de penser la démocratie de demain, entre ouverture et participation citoyenne. » écrit le blogueur Benjamin Sourice. Quel modèle de plateforme et d'outils de consultation ?Il en existe beaucoup. « Le problème du modèle numérique en mode “commentaires” fait remarquer Benjamin Sourice, c'est qu'il existe « un risque de création de consensus factices avec une version moderne des lobbystes qui eux aussi vont s’emparer des outils. Ce sera « la démocratie IKEA », on donnera l'outil sans se soucier d'être vigilant sur son mode d'emploi. Il vient d'ailleurs de publier un « traité de vigilance » dans son essai « Plaidoyer pour un contre-lobbying citoyen ». On peut citer « Questionnez vos élus » , "direct et concret", qui permet d'interroger un député via une plate-forme modérée.

La consultation lancée pour le CNNnum par la Secrétaire d'état Axelle Lemaire via une adaptation de la plateforme Parlement & Citoyens est sans conteste une réussite. Yann Bonnet qui présente le bilan fait état de 17 000 contributions et de prochains aménagements. Jean-Paul Delevoye président du CESE est depuis longtemps un convaincu, mais son discours bien senti et ses phrases chocs sont elles entendues ? Pas plus que les conseils de la Cour des Comptes ! Et pourtant «la jouissance du pouvoir est plus importante que la gestion du pouvoir », la nature de la relation au pouvoir a changé, il consiste mois à ordonner et légiférer qu'à « réguler et gérer des flux » ». « Nous sommes dans une obligation de de collaboration, de co-construction. »A quand la mise ne œuvre de cette préconisation?

On retrouve avec bonheur Quitterie de Villepin qui avait osé dire « non » en 2007 à François Bayrou et à une place en or de députée européenne. Dire très tôt non aux partis qui pourtant l'avaient adoptée lui a permis de mûrir une forme originale de démocratie présenté à le 31 mars aux « Barbares ». Ils se sont enthousiasmés pour son projet de « député augmenté »...qui consiste pour les citoyens à « récupérer leur voix » en entrant à l'Assemblée nationale. Pas de programme, pas d'idéologie, peut-être un nouveau parti « post partis traditionnels », en tout cas un dispositif, une nouvelle capacité de décision citoyenne.

                                                                                                                                                                                                              Janique Laudouar



Démocratie ouverte
a également ouvert le débat (animé) au niveau européen. Nous y reviendrons
  • Big Data, penser l'homme et le monde autrement, de Gilles Babinet, Préface d'Érik Orsenna de l'Académie française, fevrier 2015, Le Passeur
  • Dans la salle : www.capucine.net propose une carte à puces citoyenne
  • Plaidoyer pour un contre-lobbying citoyen" de Benjamin Sourice publié chez les Éditions Charles Léopold Mayer le 20 février 2014