Le blog de la ménagère

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Tag - Démocratie Ouverte

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lundi, avril 15 2019

Merci, les Gilets Jaunes !

La parole libérée

A quelques heures de la prise de parole d'Emmanuel Macron pour conclure le Grand Débat ce lundi 15 avril (annulée à cause de l'incendie de Notre-Dame de Paris) et quel que soit son propos et les propositions, on regrette qu'il n'ait pas eu au départ du mouvement un élan d'empathie spontanée,  "Gilets Jaunes, je vous ai compris !" face à cette parole libérée. 

En libérant la parole, leur parole, les Gilets Jaunes ont libéré la France. Une France corsetée dans ses habitudes (ne pas trop en changer),  une France compassée dans un capitalisme rigide, dans une foi immodérée en l'économie, un système politique archaïque. Merci, les Gilets Jaunes!

La culture des ronds-points : on se parle, c'est "la famille"

Une trouvaille visuelle, ce Gilet Jaune, un point de ralliement inattendu, dans des lieux souvent ingrats, péages, ronds-points devenus lieux de fraternité. Comme l'a souligné  François Ruffin.dans son film sur les Gilets Jaunes actuellement projeté "J'veux du soleil !", trop de gens étaient  condamnés  non seulement à des fins de mois difficiles, mais à une "dégradation esthétique" avec pour paysage quotidien les enseignes des grandes surfaces, les postes à essence, les toits en tôle, les péages d'autoroute. Par ces naïves cabanes improvisées, palettes de chantier, barbecues, chaleur humaine, par ces partages,  les Gilets Jaunes ont donné naissance à une culture à préserver : la culture des ronds-points.  Où on dit les choses comme elles sont , avec les mots qu'on a, qui ne sont pas les mêmes que ceux des médias et des ministres. Moi, j'ai noté beaucoup de bon sens, de sagesse, j'ai rencontré beaucoup de belles personnes, de femmes qui s'exprimaient clairement, à l'image de celle par qui tout a commencé, Priscilla Ludosky. 

"Fraternité" le mot prend tout son sens. Les ronds-points ont permis de se faire des amis et plus si affinités, de trouver un emploi surtout de ne plus se sentir seul. "La Famille" pour parler comme Jérôme Rodrigues, ce n'est pas un vain mot, c'est une solidarité qui s'est forgé en découvrant qu'on avait la même vie, les mêmes problèmes, les mêmes espoirs aussi. Formidable renouveau d'intérêt pour la politique de ces Gilets Jaunes et citoyens sympathisants qui tout à coup "ne veulent plus subir" mais  comprendre comment leur pays marche  et pourrait mieux marcher. "Le vrai partage, c'est maintenant. Jaune et visible" clame le dos du Gilet. Ils veulent rester visibles, ces ex-invisibles. 

La prise de parole d'Emmanuel Macron pour conclure le Grand Débat ce lundi 15 avril ayant été annulée, il peut encore la modifier.  Quel que soit son propos  et ses propositions, on regrette qu'il n'ait pas eu un élan de sympathie spontanée pour son "peuple", "Gilets. on pourra lire utilement l'article  "Les langues de l'intelligence collective : parlez-vous la langue de la multitude?" que vient de publier Baptiste Millet sur le site de Bluenove un des analystes du Débat. Cette crise de la parole, et de la difficulté à se faire comprendre et à comprendre, la langue n'étant pas pas la même, a été identifie par le sociologue Bruno Latour "des muets s'adressant à des sourds" (...) Le sentiment de désespoir vient de ce double blocage  à l'émission comme à la réception" et largement explicitée dans ses publications, notamment dans l'article  "A la recherche de l'hétéronomie politique, les nouveaux Cahiers de doléance" (Esprit) . Il va falloir pourtant les comprendre, ces "paroles de français".

Paroles de français : "être acteurs et pilotes de notre vie de citoyen"

Des revendications/propositions des Gilets Jaunes recoupent souvent celles des citoyens

 Le Grand Débat, auquel ils ont peu participé, c'est pourtant  grâce à eux, Gilets Jaunes, qui ont commencé à formuler des revendications,  très tôt, contrairement  à ce qu'on peut lire. Dès le 1 er décembre on en a parlé dans les ronds-points, de la démocratie, avec une fixette sur le RIC c'est vrai ! Mais les revendications n'ont jamais été floues, elles sont retravaillées en collectif et assemblées et formulées dans les groupes Facebook et sur les plateaux télé. La volonté de participer a donné lieu à un thème du Grand Débat "Démocratie et Citoyenneté".  Comme l'ont formulé si bien les citoyens tirés au sort qui ont élaboré les propositions  finales du Grand Débat, l'idée qui resurgit est bien "être acteurs et pilotes de notre vie de citoyen" ou encore "Mise en place de consultation citoyenne". A Dijon j'ai suivi,  envoyée par l'Observatoire des Débats une de ces Conférences Citoyennes Régionales, munie d'une grille d'observation commune à tous les observateurs,  et j'ai été bluffée par la motivation  de ces citoyens lambda, une centaine de citoyens tirés au sort par téléphone réunis dans un gymnase -au froid ! - dont la moitié  était sympathisants Gilets Jaunes. Sociologiquement  : retraités bien sur, infirmière, fonctionnaire territorial, ancien maire, agriculteur. C'est de ces professions que devrait être composée notre Assemblée nationale. L'Observatoire des Débats est une initiative citoyenne indépendante  lancée fin janvier 2019 composée de groupes  de chercheurs  dont on trouvera le détail sur le site. ils viennent de publier un communiqué suite au travail d'observation en cours. Pour les observateurs dit le communiqué https://observdebats.hypotheses.org "la fin du Grand Débat marque une étape cruciale du mouvement politique singulier ouvert par les Gilets Jaunes. "  Démocratie ouverte un des premiers mouvements "Civic tech" vient de re-proposer au gouvernement sous renom de Gilets Citoyens une "assemblée de citoyens tirés au sort visant à transformer les revendications issues du Grand Débat et du Vrai Débat en solutions opérationnelles à soumettre par referendum à l'ensemble des français". Soutenue par Priscilla Ludosky, Cyril Dion, co-réalisateur film "Demain".

Dans la ligne de mire des propositions autour du thème "Organisation de l'état et des collectivités territoriales"  : le millefeuille administratif avec la proposition, par exemple "Suppression d'un échelon territorial (département) pour réduire le millefeuille administratif". Faire des économies, ils sont pour "rendre contraignants  les rapports de la Cour des Comptes" qui ne sont que des "recommandations actuellement "Et ça coûterait zéro euro" ajoute une participant.

Il faut souligner que pour que ces réunions soient efficaces, lest indispensables qu'elles soient encadrées et accompagnées si possible par des professionnels de ce type d'animation, en l'occurrence à Dijon (Missions Publiques entre autres).  En tout cas par des facilitateurs et facilitatrices dont le rôle est de gérer le collectif, d'instaurer des règles et un dispositif précis et minuté.Le post-it avec une simple intention doit devenir à la fin de la concertation une proposition dont la faisabilité  ne peut être mise en doute, "y compris sur le plan légal" ajoute un participant. 

Revaloriser le travail : "Gilet Jaune, quel est votre métier?"  

Sur les ronds-points, pas que de la violence, de la créativité aussi, comme cette Tour Eiffel bâtie par des menuisiers.  Un slogan celui d'un cri de guerre historique des spartiates? 

« Le mouvement des “gilets jaunes” est avant tout une demande de revalorisation du travail » Le sociologue Yann Le Lann, maître de conférence à l'Université de Lille,  a coordonné une enquête sur profil des manifestants : « Ce sont les classes populaires, employés et ouvriers, qui sont sur les barrages » écrit-il dans un article publié par Le Monde.  D'où l'absence du thème du chômage. C'est grâce aux Gilets Jaunes qu'on découvre que tout un système est fait pour décourager de trouver et garder un travail, l'augmentation de la taxe carbone pour des auto-entrepreneurs. ou des emplois services qui font des dizaines de kilomètres par jour, des centaines par mois a été "la goutte d'eau". Du travail, oui, mais trop mal payé par rapport aux allocations chômage, si on ajoute la garde d'enfant et la voiture, peu ou pas de transports en commun en milieu rural. Les Gilets Jaunes ont alerté la France sur quantité de métiers mal payés, des salaires  trop bas.  Les Gilets Jaunes n'ont pas une mentalité d'assistés et d'ailleurs sont parfois agacés par des aides trop facilement attribués sans contrepartie. Certains  gagnent bien leur vie, ouvrier ajusteur pour une grosse entreprise, ou chargé de logistique pour un groupe, mais sont solidaire du mouvement, parce que non, la vie qu'on nous propose n'est pas seulement une question d'argent. Travailler sans pouvoir d'achat au bout,  c'est insupportable, surtout quand on vous met sans cesse sous les yeux la consommation comme finalité.

Les députés ont-ils lu les propositions citoyennes ?

Le 9 avril c'est face à une assemblée houleuse qu'Edouard Philippe présentait le Grand Débat. Du chahut mais du beau monde : Marlène Schiappa ravissante en rose avec un chignon de princesse, François Ruffin studieux sur son ordinateur, Delphine Batho, Christian Jacob, Matthieu Orphelin, Adrien Quatennens, et les ministres dans les premiers rangs, Nicole Belloubet, Gérard Darmanin, pour en citer quelques uns. Des absents : les 5 garants du Débat ...et les Gilets Jaunes.  
Et là, stupéfaction . J'attendais que soient plébiscitées ou réfutées des propositions citoyennes précises. Mais du Grand Débat il n'en a été que dès peu question. Les députés ont-ils lu les propositions citoyennes? On peut pourtant en consulter facilement les synthèses! https://granddebat.fr/pages/syntheses-du-grand-debat et 
Les français tirés au sort délibèrent lors d'une Conférence Régionale Citoyenne à Dijon.  Accompagnement par un protocole précis bien étudié. 

"Un mur de défiance entre les français et ceux qui les représentent" 

(Edouard Philippe le 8 avril Assemblée nationale) 

Alors que La République en marche avait (presque) réussi à minimiser les partis politiques dans lesquels les français n'ont plus confiance, ils resurgissent, chacun prenant la parole pour critiquer l'action gouvernementale ou en chanter les louanges. Seul le Premier Ministre semblait avoir une connaissance du sujet  en soulignant 4 points principaux à retenir du Débat, en premier lieu "Un mur de défiance entre les français et ceux qui les représentent" . La défiance  ne diminue pas "au contraire elle progresse"
- "Et les salaires? " Chahut ironique dans la salle.

"Nous devons construire une démocratie délibérative" 

poursuit Edouard Philippe "même si rien ne remplacera la démocratie  représentative". Un peu plus tard Gilles Le Gendre renchérira en affirmant " qu'à l'occasion du Grand Débat la démocratie participative s'est déployée" et il mentionnera "la participation des français à la fabrication de la loi." Ce que la civic tech demande depuis des années. 
"Mettre fin à isolement, l'abandon" est un autre point fort pour Edouard Philippe. "Réconcilier  les territoires avec les métropoles proches".  La création d'une énième commission ou agence, commissions rejetées par les français justement, est-elle vraiment une idée? "Création d'une agence nationale de la cohésion des territoires"  Ah, bon, mais il n'y a pas déjà un Ministère pour s'occuper des territoires? 
La transition écologique bien sur...mais "En matière d'énergie renouvelable il y a un décalage  entre les annonces et la réalité".  Ce que le "terrain a pu constater avec des factures d'électricité qui comportent 40% de taxe et mangent le budget des ménages. 
- dans la salle : "Les français ne veulent pas d'incantation, des actes!  
Les interventions des députés de tout bord suite à cette présentation semblaient si décevantes, étriquées, et si loin du sujet du Grand Débat qu'il est inutile de les retranscrire. C'est aussi l'avis d'Edouard Philippe qui a conclu avec une certaine amertume  que les "paroles de français" étaient des propositions plus imaginatives et constructives  que celles des députés. Démocratie participative, on vous dit !
                                                                                                                                                            Janique Laudouar
  
Merci à Véronique Louwagie députée de l'Orne qui m'a permis d'assister  à cette séance. Elle a instauré dans l'Orne (61), un Conseil de Circonscription  mixant élus et simples citoyens. Efficace. Un exemple à suivre? 
Merci pour leur dynamisme et leur créativité au Groupe "Les Gilets Jaunes d'Alençon" qui ont peaufiné leur revendications et proposent un petit déjeuner et plusieurs rendez-vous cette semaine du lundi 15 avril à Alençon à ceux qui veulent mieux connaître la réflexion collective des Gilets  Jaunes. 

jeudi, mars 24 2016

Democratie DIY faites-là vous même : les solutions citoyennes

Le 19 mars, c'était à Paris, avant le 22 mars à Bruxelles, une journée positive, pleine d'enseignement et d'actions concrètes, une journée porteuse d'espoir, d'optimisme et de vision d'avenir.

Faire se rencontrer des porteurs de projets de renouveau démocratique était l'objectif de la journée Démocratie Do-it Yourself du samedi 19 mars, organisée par DO à la Maison du Paris durable, lieu dédié «  à la diffusion des solutions pour les porteurs de projets, confirmés ou débutants ». 100 participants étaient là pour formuler et examiner des solutions concrètes, innovantes. Au-delà de la convivialité des rencontres, « dans la vraie vie » de collectifs agiles à communiquer via le numérique, pour Démocratie Ouverte et l'Open Gouv. #OpenGovFr #DIYdemocratie,

L'équipe Démocratie Ouverte au presque complet ...dont le co-fondateur Armel Le Coz

Dispositifs imaginatifs et tempo d'enfer

Des dispositifs ludiques et efficaces donnaient à Démocratie Do-it Yourself un tempo d'enfer : speed dating, bar camp, « bol de poisson ». Le speed dating permettait un tête à tête avec un autre porteur de projet. Certains déjà très répertoriés, d'autres à découvrir. Je croyais connaître toutes les plateformes en cours de développement, et je découvre STIG actuellement en version beta. "Voter ne change que les joueurs.Changez le jeu. Participez à la création de la volonté générale avec Stig, l'app de démocratie participative" qui s'adresse également aux élus. A tester. Dans le domaine du « journalisme constructif » j'ai parlé à Florent Guignard de Le Drenche (ci-contre) : une façon originale de présenter les débats et sorti des "usual suspects" des plateaux télé. Dommage que les sujets traités restent pour l'instant trop souvent anecdotique.  J'avais échangé en ligne avec Simon Louvet (Aternatiba, Synergie Démocratique, ci-contre avec Antoine Vagnon Call For Team), autre foisonnement d'initiatives, et je fais enfin sa connaissance : très chaleureux IRL, dans la vraie vie. Je suis heureuse de retrouver l'équipe de Voxe.org, Léonore de Roquefeuil, Sébastien, Mon rôle était de présenter #MaVoix, un des premiers mouvements «civic tech » et de parler de son actualité : les élections partielles de Strasbourg en mai. Déjà deux candidat(e)s pour #MaVoix! Enfin, dialogue avec Loïc Blondiaux, politologue et professeur à l'Université Paris I. L'après-midi était consacré à un « marathon des pitchs », 1 minute 30 pour présenter son projet. ! Enfin la métaphore de Claude,  l'Archipel, a enthousiasmé les participants, chaque collectif étant considérée comme un îlot dont la multiplication va constituer un archipel, soit des mouvements tendant vers le même objectif. S'il y a nuance ou divergence de modalités entre les mouvements, l'archipel des archipels reste à construire. C'est parti!


Ateliers :  territoire et citoyens, stratégies électorales


Lors des ateliers thématiques on a vu à quel point l'action locale était primordiale. Territoires Hautement Citoyens fondé par Armel Le Coz a un dispositif très rôdé pour soutenir les collectivités vers la transition démocratique. Mais ils sont nombreux à s'ancrer dans leur région avec l'objectif de faire prendre en compte par les élus les initiatives citoyennes. Charles Deffrennes et Antoine Vagnon Call for Team, un très ingénieux dialogue avec les collectivités, qui ne les heurte pas mais travaille avec elles, et une solution proposée par Antoine Vagnon : glisser un ambassadeur du citoyen dans chaque collectivité. Clément Damiens avec Communecter. Un outil dans lequel les citoyens sont communectés, "connectés a leur commune". Local également Koom « agir localement pour un monde meilleur » Bulb in town déjà rencontré lors de mon premier billet sur l'économie collaborative. Telles sont quelques unes des solutions à disposition des élus. CitizenLab va faire campagne via La Primaire.org (présenté ici par David Guez) et a déjà préparé son Manifeste. Eliott Lepers présentait La Primaire de gauche, manifeste pour une transformation de l'intérieur d'un des partis classiques (PS). L'horizontalité est l'un des points commun à tous les mouvements et stratégies électorales : la fin de la France des « silos » et son fonctionnement hiérarchique archaïque, une gouvernance par et pour les citoyens.

Eliott Lepers venu présenter La Primaire de gauche

La révolution intérieure : altruisme, bienveillance, partage

« Rien ne serait possible sans la qualité de bienveillance et d'écoute entre les acteurs, leur volonté d'inclusion » note Loïc Blondiaux, professeur de science politique à l'université Paris I , confirmant ainsi notre intuition que la bienveillance est une nouvelle valeur dans une démocratie renouvelée. Cécile Calé (SCIC Coop-Cité / CitizenLab) a rappelé à quel point la révolution démocratique reposait d'abord sur une révolution intérieure : seule une prise de conscience de la responsabilité de chacun donnera un sens au mouvement collectif. Une action auprès des jeunes en particulier. Isabelle Lefort lors du Positive Economy Forum de Jacques Attali avait déjà défini l' « altruisme rationnel » comme une nouvelle valeur du politique et du citoyen digital. « Tel est le challenge qu’il nous faudra relever au XXIème siècle : redonner à l’altérité et l’altruisme toute la place qui leur revient, en nous appuyant sur la puissance de la révolution technologique. » Le don, la partage, l'échange l'entraide, autant de valeurs morales dont on voit le revival et qui vont à l'encontre des drames que nous vivons avec le terrorisme. Ce n'est pas fortuit si la Revue du Cube propose « La responsabilité » comme thème de son prochain numéro.

Loïc Blondiaux : conclusion, questions

Loïc Blondiaux, expert,  voit dans cette volonté de renaissance démocratique un retour à l'effervescence pré-révolutionnaire de 1789. La mise en cause de la démocratie représentative est le point commun des collectifs. Comment exister entre les élections, comment informer et former les citoyens, comment faire voir en temps réel la volonté générale, comment conserver un contrôle sur les institutions, comment contourner les partis politiques, voire les remplacer ? Comment inventer le journalisme politique ? A revoir : le vocabulaire d'initié « excluant » (néologismes, importations anglo-saxonne et). Il note aussi une « aristocratie du code » : la proportion des informaticiens, développeurs est un atout pour les collectifs, mais les modes d'emploi doivent être compris de tous. La volonté d'horizontalité, de transparence, rassemble les acteurs, tous « amoureux de la démocratie ». Mais, comme le soulignait aussi Caroline Hodak, communicante, cette renaissance a un problème de visibilité et de communication. Aucun de ces mouvements ne veut ou ne peut se rendre visible auprès des médias classiques « Les institutions résistent » commente Loïc Blondiaux prenant la métaphore d'un géant Gulliver figé, encerclé par de multiples piqures d'épingle de lilliputiens... mais nullement atteint. « Les institutions vont essayer de vous phagocyter, de vous instrumentaliser ». Elles vont vouloir « garder le logiciel intact » sans rien changer aux structures, en donnant un semblant de coup de neuf et d'idées nouvelles à des institutions archaïques.

Solutions citoyennes...et numériques

« Une enquête Harris Interactive, réalisée pour le jeune mouvement citoyen LRF, révèle que 8 Français sur 10 jugent que les citoyens sont plus capables de trouver des solutions que les hommes politiques. » (Le Figaro) Parmi les solutions concrètes pour que le lien tissé ne s'évapore pas : la newlsetter HappyDemocracy de Voxe.org pourrait donner des nouvelles de tous les mouvements citoyens et un agenda de même qu fédère déjà la "civic tech" sur meet up. L'idée d'un label pour l'ensemble des mouvements citoyens a été évoquée.  

Voxe a déjà une plateforme opérationnelle en en développement complémentaire, d'autres sont en cours d'expérimentation, Démocracy OS, Stig. « Comment le numérique peut associer les citoyens aux décisions budgétaires ? », telle est la solution proposée par Gilles via une plateforme numérique.http://budgetparticipatif.info. La méthode de fonctionnement de DO : la plus démocratique possible, des « cercles » thématiques peuvent être ouverts par les membres qui les animent. Une prochaine rencontre organisée par Synergie Démocratique le week-end du 16 et 17 avril à Saint-Ouen avec l'objectif similaire de rencontre entre collectifs. Et enfin une grande Fête de la Démocratie annoncée par DO.

Aux manettes vidéo : DEMOS XXI. Pas pu citer tous les groupes et initiatives, la vidéo (documentaire en préparation) complétera.

« Démocratie Ouverte http://democratieouverte.org/ regroupe les acteurs français et francophones du renouveau démocratique – start-ups civiques, associations, collectifs citoyens - qui développent des solutions innovantes au service de davantage de transparence et d’engagement dans notre système politique ».

vendredi, février 12 2016

"A nous d'écrire l'avenir" Barbare (WEB) #5

Nouveau! Voxe propose une newsletter et un agenda démocratique. Inscrivez-vous !

"A nous d'écrire l'avenir" : Antoine Brachet annonçant le Week End Barbare (WEB) #5

L'agenda démocratique citoyen explose !

Pendant que le monde politico-médiatique se concentre sur la problématique de la réforme de la constitution et le remaniement ministériel, l'agenda démocratique citoyen explose! Un vent de fraicheur souffle sur la démocratie!

"Sommes-nous en Démocratie ? Existe-t-il des solutions pour débloquer notre système politique, pour rendre aux citoyens leur place en politique?" Agora 2017 a posé la question ce jeudi 11 février à Lyon au nom de Génération Citoyens : "Sommes-nous encore en démocratie?", - débat qu'on pouvait suivre en direct sur You Tube- Question presque dépassée! Les initiatives intéressantes, intelligentes, innovantes et surtout à la hauteur des enjeux explosent  partout en France. Janique Laudouar                                                                                                                             

Les Barbares (bienveillants)  Week End Barbare (WEB) #5

Ils se réunissent ce week-end du 12 au 14 février un Week End Barbare (WEB) #5.  "L'année dernière", raconte sur Medium Antoine Brachet l'un des fondateurs, "nous avions lancé l’opérationBarBar#1, rassemblant plus de 500 d’entre nous à l’Archipel le 31 mars 2015, dont 60 organisateurs." Et maintenant ...rencontre avec  : "les BarbActeurs, qui ont des projets en accord avec les valeurs du manifeste barbare (changer le monde avec les nouvelles règles que nous anticipons tous, positivement, sans se soumettre à la règle absolue du profit)."

26 BarbActeurs, ont proposé leur projet, et concocté pour le présenter une vidéo de 1 minute 30. On vous racontera.

Et pendant ce temps là, Démocratie Ouverte ...

De plus en plus d'adhérents à Démocratie Ouverte. Et ils préparent un BIG événement à la rentrée et se réunissent le 19 mars pour le préparer. On vous en dira plus bientôt...

dimanche, avril 5 2015

"Démocratie Ouverte ": une renaissance politique

"La transition démocratique : une journée à l'Assemblée nationale

Le débat organisé par Démocratie Ouverte à l'Assemblée nationale le 30 mars - le lendemain des élections départementales - commençait par ce constat : « à l'échelle locale,à l'échelle européenne, le besoin d'un renouveau démocratique se fait de plus en plus pressant. Des mouvements spontanés naissent grâce aux réseaux, qui pourraient bien se révéler en 2017, à l'occasion des présidentielles et des législatives. Le 31 mars, se réunissait à Paris à l'Archipel les Barbares. Ce nom mystérieux regroupe des individus bien décidés à faire valoir leur conviction via les  réseaux sociaux. Ce soir là, ils ont pitché leurs projets, échangé des témoignages, partagé des expériences « inspirantes » à partager pour changer le monde. Et une nouvelle démocratie...

                                                                                                                                                                                                                    Janique Laudouar

La fin de la démocratie représentative ?

L'analyse très lucide de Loïc Blondiaux, professeur chercheur à Paris I en ouverture permet de mieux comprendre ce que les politiques s'obstinent à ne pas voir. La démocratie représentative s'est imposée à la fin du 18ème siècle, une représentation exclusive qui est remise en cause aujourd'hui. Dans «  un contexte d'affaiblissement des démocraties occidentales incapables de régler les crises et d'influencer la vie des sociétés» les citoyens ont de plus en plus de mal à accepter qu'on leur demande de payer une ardoise d'une gouvernance défectueuse, d'un endettement pour lequel ils ne se tiennent pas responsables. Partout en Europe et aussi ailleurs les mouvements de refus se multiplient répondant à l'appel de Stéphane Hessel « Indignez-vous », des Indignés de Occupy Wall Street à Podemos en Espagne « Mover ficha: convertir la indignación en cambio político », « Prendre les choses en main : convertir l'indignation en changement politique » On assiste « à une mobilisation critique des grands projets venus d'en haut » ou au contraire à « un sentiment d'indifférence qui monte » ou encore des formes d'auto-organisation « on va faire sans l'état, sans les institutions. » ce qui « représente un risque très fort pour les démocraties. ». Dans la participation citoyenne, Loïc Blondiaux voit une série d'enjeux : la capacité pour chacun d'influencer la loi, préserver l'intensité du débat démocratique – citant Pericles et la démocratie grecque « Nous considérons tous ceux qui se désintéressent de la démocratie comme des parasites.",faire une place à l'expertise profane dans le processus de décision démocratique.« Aujourd'hui la prise de décision a lieu a lieu a huit clos. Hors pour qu'elle soit légitime, il faut qu'elle ait été débattue. » Il ne faut pas sous-estimer « l'hostilité et l'inertie des structures institutionnelles et la tentation néo-monarchique du chef, ce désir existe.

Hackhaton, un modèle efficace de collaboration ?

Gilles Babinet est devenu le porte-parole de tous ceux qui ont une vision autre que celle qu'on continue à nous proposer d'une France « verticalisée ». « Une France un peu engoncée dans de veilles habitudes », notamment celle d'une « fascination pour les élites, les « grands corps, les personnels  ultra qualifiés» au détriment d'une classe plus représentative et peu présente dans les ministères ou à l' Assemblée nationale qui compte 40% de fonctionnaires. Un système qui a du mal à opérer une transition vers une demande pourtant de plus en plus ardente des citoyens : celle de participer. « Nous ne sommes pas pleinement reflétés, les citoyens sont prisonniers d'enjeux qui ne sont pas les leurs ». Pourtant, il y a de nouvelles voies. Et on ne s'étonnera pas que Gilles Babinet, « digital champion pour l'Europe », cite Lawrence Lessing « code is law » « le code conforme la réalité » et prône le design de la réalité comme une des formes nouvelles de débat politique, donnant l'exemple du hackhaton -auquel il participer personnellement - comme « réalité puissante ». Non, légiférer n'est pas le seul mode de gouvernance, il émane des initiatives positives des territoires. C'est l'essor du numérique et en particulier des plate-formes comme celle de Parlement & Citoyens qui permet à ces initiatives de fédérer et d'exister 

« L'ADN numérique pilote notre action » (Laure Lucchesi Etalab)

Laure Lucchesi présente Etalab, l'outil officiel de l'ouverture des données, avancée majeure pour la démocratie ouverte. Avoir accès aux données permet entre autres de décrypter les dépenses publiques. La France est membre d'Open Gov et à ce titre a l'obligation de préparer un plan d'étape. Il faut développer une culture de la « comptability » notion difficile à traduire, une culture de la « redevabilité » mais qui correspond au désir des citoyens de savoir comment l'argent de leurs impôts est dépensé. Munie de données précises, l'expertise citoyenne peut œuvrer pour le bien commun. « La technostructure ne peut plus régler à elle seule la complexité » affirme Laurence Lucchesi, « l'ADN numérique pilote notre action ». L'expertise citoyenne a de l'avenir.

« Les événements survenus sur les ZAD (Zones d'aménagement différé, rebaptisées Zones à Défendre) de Sivens et de Notre Dame des Landes ont mis sur le devant de la scène le besoin de repenser et de simplifier les procédures du débat public. »C'est le même terme d'une « contre-expertise » citoyenne qui sera employé par plusieurs intervenants, dont Laurence Monnoyer-Smith vice présidente de laCommission pour le Débat national qui parle de la grande difficulté à consulter sur « les grands projets du futur » et « se heurter à des visions du monde divergentes ». Elle préconise pour les territoires "une critériologie partagée" pour un vrai "vivre ensemble".

"Parlement & citoyens" : une plate-forme à intégrer au Parlement ?

Cyril Lage a eu l'idée de Parlement & Citoyens, s'est allié à Armel Le Coz designer de services et Bastien Jaillot, développeur. C'est leur plateforme qui a été adaptée pour la grande concertation en ligne réussie du CNN http://www.cnnumerique.fr/, qui devrait être un modèle.L'association prend de l'essor avec une stratégie douce : inciter des députés et même le Président de l'Assemblée nationale Claude Bartolome à prendre en compte l'immense désir des citoyens de participer et de proposer.

Patrick Raimbourg, député, Cyril Lage "Parlement & Citoyens"

Plate forme en ligne, Parlement et Citoyens est opérationnel et accessible, et le sera encore plus dans sa nouvelle version, qui permettra aux citoyens de proposer des lois. Dominique Raimbourg, un député « techno » plutôt en pointe (Loire-Atlantique) qui soutient Parlement & Citoyens confirme que les lois se font en comité restreint « 10 à 12 personnes ». Pour la loi pénale qu'il a réussi à faire voter après négociation, il a bien consulté 300 personnes, syndicats de magistrats, de policiers de professionnels des prisons, etc. Mais les citoyens ? Les lois qui sont votées ne sont pas assez mises à l'épreuve des faits et du terrain. « On produit de la norme il faut voit l'efficacité de la production de cette loi, on produit de la loi bavarde » Est cité comme exemple dans la salle la loi inapplicable sur la protection des majeurs dénoncée par des milliers de familles détruites et des dizaines d'associations. En vain. Omerta. La louable expérience de Claude Bartolome qui a ouvert la consultation pendant 7 jours sur le sujet de la fin de vie est jugée méritante mais insuffisante. Il faut aller plus loin dansl'empowerment, redonner le pouvoir aux citoyens. Interviendront l'après-midi sur le thème« Territoires hautement citoyens » animé par Armel Le Coz un panel de maires très actifs dans la mise en œuvre de la contribution citoyenne -dont la mairie de Paris - qui a ouvert un budget de 500 millions d'euros pour les projets participatifs - Eric Piolle maire de Grenoble, le bouillonnant Jo Spiegel, maire de Kingersheim en Alsace qui prédit « la fin des UBU rois. « Haute qualité démocratique » est sa devise, très applaudie, bravo à tous ces maires « avancés ».

Bienvenue aux contre-pouvoirs !

« Le numérique est ainsi une opportunité pour renouveler, enrichir, étendre la participation et la co-construction entre l’État et les citoyens. » peut-on lire sur Etalab. « Il faut hacker l'Assemblée nationale » s'exclame un rebelle. Inutile, « de nouveaux contre-pouvoirs afin de penser la démocratie de demain, entre ouverture et participation citoyenne. » écrit le blogueur Benjamin Sourice. Quel modèle de plateforme et d'outils de consultation ?Il en existe beaucoup. « Le problème du modèle numérique en mode “commentaires” fait remarquer Benjamin Sourice, c'est qu'il existe « un risque de création de consensus factices avec une version moderne des lobbystes qui eux aussi vont s’emparer des outils. Ce sera « la démocratie IKEA », on donnera l'outil sans se soucier d'être vigilant sur son mode d'emploi. Il vient d'ailleurs de publier un « traité de vigilance » dans son essai « Plaidoyer pour un contre-lobbying citoyen ». On peut citer « Questionnez vos élus » , "direct et concret", qui permet d'interroger un député via une plate-forme modérée.

La consultation lancée pour le CNNnum par la Secrétaire d'état Axelle Lemaire via une adaptation de la plateforme Parlement & Citoyens est sans conteste une réussite. Yann Bonnet qui présente le bilan fait état de 17 000 contributions et de prochains aménagements. Jean-Paul Delevoye président du CESE est depuis longtemps un convaincu, mais son discours bien senti et ses phrases chocs sont elles entendues ? Pas plus que les conseils de la Cour des Comptes ! Et pourtant «la jouissance du pouvoir est plus importante que la gestion du pouvoir », la nature de la relation au pouvoir a changé, il consiste mois à ordonner et légiférer qu'à « réguler et gérer des flux » ». « Nous sommes dans une obligation de de collaboration, de co-construction. »A quand la mise ne œuvre de cette préconisation?

On retrouve avec bonheur Quitterie de Villepin qui avait osé dire « non » en 2007 à François Bayrou et à une place en or de députée européenne. Dire très tôt non aux partis qui pourtant l'avaient adoptée lui a permis de mûrir une forme originale de démocratie présenté à le 31 mars aux « Barbares ». Ils se sont enthousiasmés pour son projet de « député augmenté »...qui consiste pour les citoyens à « récupérer leur voix » en entrant à l'Assemblée nationale. Pas de programme, pas d'idéologie, peut-être un nouveau parti « post partis traditionnels », en tout cas un dispositif, une nouvelle capacité de décision citoyenne.

                                                                                                                                                                                                              Janique Laudouar



Démocratie ouverte
a également ouvert le débat (animé) au niveau européen. Nous y reviendrons
  • Big Data, penser l'homme et le monde autrement, de Gilles Babinet, Préface d'Érik Orsenna de l'Académie française, fevrier 2015, Le Passeur
  • Dans la salle : www.capucine.net propose une carte à puces citoyenne
  • Plaidoyer pour un contre-lobbying citoyen" de Benjamin Sourice publié chez les Éditions Charles Léopold Mayer le 20 février 2014