Le blog de la ménagère

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Tag - Démocratie participative

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lundi, avril 15 2019

Merci, les Gilets Jaunes !

La parole libérée

A quelques heures de la prise de parole d'Emmanuel Macron pour conclure le Grand Débat ce lundi 15 avril (annulée à cause de l'incendie de Notre-Dame de Paris) et quel que soit son propos et les propositions, on regrette qu'il n'ait pas eu au départ du mouvement un élan d'empathie spontanée,  "Gilets Jaunes, je vous ai compris !" face à cette parole libérée. 

En libérant la parole, leur parole, les Gilets Jaunes ont libéré la France. Une France corsetée dans ses habitudes (ne pas trop en changer),  une France compassée dans un capitalisme rigide, dans une foi immodérée en l'économie, un système politique archaïque. Merci, les Gilets Jaunes!

La culture des ronds-points : on se parle, c'est "la famille"

Une trouvaille visuelle, ce Gilet Jaune, un point de ralliement inattendu, dans des lieux souvent ingrats, péages, ronds-points devenus lieux de fraternité. Comme l'a souligné  François Ruffin.dans son film sur les Gilets Jaunes actuellement projeté "J'veux du soleil !", trop de gens étaient  condamnés  non seulement à des fins de mois difficiles, mais à une "dégradation esthétique" avec pour paysage quotidien les enseignes des grandes surfaces, les postes à essence, les toits en tôle, les péages d'autoroute. Par ces naïves cabanes improvisées, palettes de chantier, barbecues, chaleur humaine, par ces partages,  les Gilets Jaunes ont donné naissance à une culture à préserver : la culture des ronds-points.  Où on dit les choses comme elles sont , avec les mots qu'on a, qui ne sont pas les mêmes que ceux des médias et des ministres. Moi, j'ai noté beaucoup de bon sens, de sagesse, j'ai rencontré beaucoup de belles personnes, de femmes qui s'exprimaient clairement, à l'image de celle par qui tout a commencé, Priscilla Ludosky. 

"Fraternité" le mot prend tout son sens. Les ronds-points ont permis de se faire des amis et plus si affinités, de trouver un emploi surtout de ne plus se sentir seul. "La Famille" pour parler comme Jérôme Rodrigues, ce n'est pas un vain mot, c'est une solidarité qui s'est forgé en découvrant qu'on avait la même vie, les mêmes problèmes, les mêmes espoirs aussi. Formidable renouveau d'intérêt pour la politique de ces Gilets Jaunes et citoyens sympathisants qui tout à coup "ne veulent plus subir" mais  comprendre comment leur pays marche  et pourrait mieux marcher. "Le vrai partage, c'est maintenant. Jaune et visible" clame le dos du Gilet. Ils veulent rester visibles, ces ex-invisibles. 

La prise de parole d'Emmanuel Macron pour conclure le Grand Débat ce lundi 15 avril ayant été annulée, il peut encore la modifier.  Quel que soit son propos  et ses propositions, on regrette qu'il n'ait pas eu un élan de sympathie spontanée pour son "peuple", "Gilets. on pourra lire utilement l'article  "Les langues de l'intelligence collective : parlez-vous la langue de la multitude?" que vient de publier Baptiste Millet sur le site de Bluenove un des analystes du Débat. Cette crise de la parole, et de la difficulté à se faire comprendre et à comprendre, la langue n'étant pas pas la même, a été identifie par le sociologue Bruno Latour "des muets s'adressant à des sourds" (...) Le sentiment de désespoir vient de ce double blocage  à l'émission comme à la réception" et largement explicitée dans ses publications, notamment dans l'article  "A la recherche de l'hétéronomie politique, les nouveaux Cahiers de doléance" (Esprit) . Il va falloir pourtant les comprendre, ces "paroles de français".

Paroles de français : "être acteurs et pilotes de notre vie de citoyen"

Des revendications/propositions des Gilets Jaunes recoupent souvent celles des citoyens

 Le Grand Débat, auquel ils ont peu participé, c'est pourtant  grâce à eux, Gilets Jaunes, qui ont commencé à formuler des revendications,  très tôt, contrairement  à ce qu'on peut lire. Dès le 1 er décembre on en a parlé dans les ronds-points, de la démocratie, avec une fixette sur le RIC c'est vrai ! Mais les revendications n'ont jamais été floues, elles sont retravaillées en collectif et assemblées et formulées dans les groupes Facebook et sur les plateaux télé. La volonté de participer a donné lieu à un thème du Grand Débat "Démocratie et Citoyenneté".  Comme l'ont formulé si bien les citoyens tirés au sort qui ont élaboré les propositions  finales du Grand Débat, l'idée qui resurgit est bien "être acteurs et pilotes de notre vie de citoyen" ou encore "Mise en place de consultation citoyenne". A Dijon j'ai suivi,  envoyée par l'Observatoire des Débats une de ces Conférences Citoyennes Régionales, munie d'une grille d'observation commune à tous les observateurs,  et j'ai été bluffée par la motivation  de ces citoyens lambda, une centaine de citoyens tirés au sort par téléphone réunis dans un gymnase -au froid ! - dont la moitié  était sympathisants Gilets Jaunes. Sociologiquement  : retraités bien sur, infirmière, fonctionnaire territorial, ancien maire, agriculteur. C'est de ces professions que devrait être composée notre Assemblée nationale. L'Observatoire des Débats est une initiative citoyenne indépendante  lancée fin janvier 2019 composée de groupes  de chercheurs  dont on trouvera le détail sur le site. ils viennent de publier un communiqué suite au travail d'observation en cours. Pour les observateurs dit le communiqué https://observdebats.hypotheses.org "la fin du Grand Débat marque une étape cruciale du mouvement politique singulier ouvert par les Gilets Jaunes. "  Démocratie ouverte un des premiers mouvements "Civic tech" vient de re-proposer au gouvernement sous renom de Gilets Citoyens une "assemblée de citoyens tirés au sort visant à transformer les revendications issues du Grand Débat et du Vrai Débat en solutions opérationnelles à soumettre par referendum à l'ensemble des français". Soutenue par Priscilla Ludosky, Cyril Dion, co-réalisateur film "Demain".

Dans la ligne de mire des propositions autour du thème "Organisation de l'état et des collectivités territoriales"  : le millefeuille administratif avec la proposition, par exemple "Suppression d'un échelon territorial (département) pour réduire le millefeuille administratif". Faire des économies, ils sont pour "rendre contraignants  les rapports de la Cour des Comptes" qui ne sont que des "recommandations actuellement "Et ça coûterait zéro euro" ajoute une participant.

Il faut souligner que pour que ces réunions soient efficaces, lest indispensables qu'elles soient encadrées et accompagnées si possible par des professionnels de ce type d'animation, en l'occurrence à Dijon (Missions Publiques entre autres).  En tout cas par des facilitateurs et facilitatrices dont le rôle est de gérer le collectif, d'instaurer des règles et un dispositif précis et minuté.Le post-it avec une simple intention doit devenir à la fin de la concertation une proposition dont la faisabilité  ne peut être mise en doute, "y compris sur le plan légal" ajoute un participant. 

Revaloriser le travail : "Gilet Jaune, quel est votre métier?"  

Sur les ronds-points, pas que de la violence, de la créativité aussi, comme cette Tour Eiffel bâtie par des menuisiers.  Un slogan celui d'un cri de guerre historique des spartiates? 

« Le mouvement des “gilets jaunes” est avant tout une demande de revalorisation du travail » Le sociologue Yann Le Lann, maître de conférence à l'Université de Lille,  a coordonné une enquête sur profil des manifestants : « Ce sont les classes populaires, employés et ouvriers, qui sont sur les barrages » écrit-il dans un article publié par Le Monde.  D'où l'absence du thème du chômage. C'est grâce aux Gilets Jaunes qu'on découvre que tout un système est fait pour décourager de trouver et garder un travail, l'augmentation de la taxe carbone pour des auto-entrepreneurs. ou des emplois services qui font des dizaines de kilomètres par jour, des centaines par mois a été "la goutte d'eau". Du travail, oui, mais trop mal payé par rapport aux allocations chômage, si on ajoute la garde d'enfant et la voiture, peu ou pas de transports en commun en milieu rural. Les Gilets Jaunes ont alerté la France sur quantité de métiers mal payés, des salaires  trop bas.  Les Gilets Jaunes n'ont pas une mentalité d'assistés et d'ailleurs sont parfois agacés par des aides trop facilement attribués sans contrepartie. Certains  gagnent bien leur vie, ouvrier ajusteur pour une grosse entreprise, ou chargé de logistique pour un groupe, mais sont solidaire du mouvement, parce que non, la vie qu'on nous propose n'est pas seulement une question d'argent. Travailler sans pouvoir d'achat au bout,  c'est insupportable, surtout quand on vous met sans cesse sous les yeux la consommation comme finalité.

Les députés ont-ils lu les propositions citoyennes ?

Le 9 avril c'est face à une assemblée houleuse qu'Edouard Philippe présentait le Grand Débat. Du chahut mais du beau monde : Marlène Schiappa ravissante en rose avec un chignon de princesse, François Ruffin studieux sur son ordinateur, Delphine Batho, Christian Jacob, Matthieu Orphelin, Adrien Quatennens, et les ministres dans les premiers rangs, Nicole Belloubet, Gérard Darmanin, pour en citer quelques uns. Des absents : les 5 garants du Débat ...et les Gilets Jaunes.  
Et là, stupéfaction . J'attendais que soient plébiscitées ou réfutées des propositions citoyennes précises. Mais du Grand Débat il n'en a été que dès peu question. Les députés ont-ils lu les propositions citoyennes? On peut pourtant en consulter facilement les synthèses! https://granddebat.fr/pages/syntheses-du-grand-debat et 
Les français tirés au sort délibèrent lors d'une Conférence Régionale Citoyenne à Dijon.  Accompagnement par un protocole précis bien étudié. 

"Un mur de défiance entre les français et ceux qui les représentent" 

(Edouard Philippe le 8 avril Assemblée nationale) 

Alors que La République en marche avait (presque) réussi à minimiser les partis politiques dans lesquels les français n'ont plus confiance, ils resurgissent, chacun prenant la parole pour critiquer l'action gouvernementale ou en chanter les louanges. Seul le Premier Ministre semblait avoir une connaissance du sujet  en soulignant 4 points principaux à retenir du Débat, en premier lieu "Un mur de défiance entre les français et ceux qui les représentent" . La défiance  ne diminue pas "au contraire elle progresse"
- "Et les salaires? " Chahut ironique dans la salle.

"Nous devons construire une démocratie délibérative" 

poursuit Edouard Philippe "même si rien ne remplacera la démocratie  représentative". Un peu plus tard Gilles Le Gendre renchérira en affirmant " qu'à l'occasion du Grand Débat la démocratie participative s'est déployée" et il mentionnera "la participation des français à la fabrication de la loi." Ce que la civic tech demande depuis des années. 
"Mettre fin à isolement, l'abandon" est un autre point fort pour Edouard Philippe. "Réconcilier  les territoires avec les métropoles proches".  La création d'une énième commission ou agence, commissions rejetées par les français justement, est-elle vraiment une idée? "Création d'une agence nationale de la cohésion des territoires"  Ah, bon, mais il n'y a pas déjà un Ministère pour s'occuper des territoires? 
La transition écologique bien sur...mais "En matière d'énergie renouvelable il y a un décalage  entre les annonces et la réalité".  Ce que le "terrain a pu constater avec des factures d'électricité qui comportent 40% de taxe et mangent le budget des ménages. 
- dans la salle : "Les français ne veulent pas d'incantation, des actes!  
Les interventions des députés de tout bord suite à cette présentation semblaient si décevantes, étriquées, et si loin du sujet du Grand Débat qu'il est inutile de les retranscrire. C'est aussi l'avis d'Edouard Philippe qui a conclu avec une certaine amertume  que les "paroles de français" étaient des propositions plus imaginatives et constructives  que celles des députés. Démocratie participative, on vous dit !
                                                                                                                                                            Janique Laudouar
  
Merci à Véronique Louwagie députée de l'Orne qui m'a permis d'assister  à cette séance. Elle a instauré dans l'Orne (61), un Conseil de Circonscription  mixant élus et simples citoyens. Efficace. Un exemple à suivre? 
Merci pour leur dynamisme et leur créativité au Groupe "Les Gilets Jaunes d'Alençon" qui ont peaufiné leur revendications et proposent un petit déjeuner et plusieurs rendez-vous cette semaine du lundi 15 avril à Alençon à ceux qui veulent mieux connaître la réflexion collective des Gilets  Jaunes. 

mardi, avril 24 2012

Qui parle de démocratie participative ?

Qui parle encore de démocratie participative ? Personne...

"  Je désapprouve le combat de coqs auquel nous entraîne le système représentatif » Ainsi s'exprime Thierry Crouzet, auteur de « LE 5ÈME POUVOIR comment internet bouleverse la politique »  , après avoir dénoncé l'usage restreint d'Internet par les candidats malgré la débauche d'outils« « Internet peut changer la politique si on change le modèle représentatif » Peu de candidats s'expriment ouvertement sur le changement de paradigme depuis l'arrivée d'internet en France en 1995, et la nécessité de réformer la démocratie « représentative ». Pourtant le résultat des élections éclaire une fois de plus la relativité du savoir des experts (instituts de sondages, politologues). La volonté et les aspirations des citoyens n'ont pratiquement aucun moyen d'expression entre deux élections. Il ne semble pas y avoir dans le corps politique  la volonté de creuser un sillon clair pour la démocratie participative. « Je décide, on exécute » est devenu le raccourci dégradé de la démocratie en France ces dernières années. La consultation n'est presque jamais pratiquée ni au niveau européen ni au niveau local où les élus confisquent trop souvent budgets et décisions.

Continuer à « expliquer aux Français » pendant ces 15 jours semble être la stratégie annoncée par par les dirigeants de l'UMP y compris par le candidat Nicolas Sarkozy lui-même. Parler et décider sans écouter aura donc été jusqu'au bout le contre-sens politique affiché de la gouvernance en place. Un contre-sens qui nie la capacité à comprendre et à s'exprimer des français, qui nie l'échec des paroles habiles et des communiquants face à une réalité vécue et analysée par les Français. « Terrible constat, qui a peu a voir avec la crise, mais avec un pays qui n'a cessé de multiplier réformes et lois au pas de charge au nom de la France et de l'Europe, sans rendre les français plus heureux, bien au contraire." écrivions-nous en commentaire de l'ouvrage de Philippe Manière "Le Pays où la vie est plus dure", dénonçant la France et ses élites zélées, son État immobile et ses structures sociales d’un autre âge."