Le blog de la ménagère

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Tag - Loïc Blondiaux

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samedi, avril 30 2016

L'Effet Nuit Debout

L'effet Nuit Debout : mon journal

"Nuit Debout n’appartient à personne. Nuit Debout appartient à nous tous". (Gazette Debout.). Restez éveillés https://gazettedebout.org/ 

Le 8 avril : Rêve Général

« Ainsi, il arrive aux classes « populaires » de revenir du néant où on a voulu les enfouir, et d’en revenir avec quelque fracas. » (Frédéric Lordon « Un film d'action directe » dans Le Monde Diplomatique de février 2016 à propos de "Merci Patron" de François Ruffin et éditeur du journal Fakir.

Un mois après Nuit Debout est toujours dans la place note le journal Le Monde ce 30 avril.

Où comment j'ai vécu les premières Nuit Debout : un contre-commentaire. Cet article a été écrit le lendemain du 8 avril, avant la polémique sur la violence qui s'est exercé sur le philosophe Alain Finkielkraut. «On aurait voulu discréditer un mouvement positif mais fragile qu’on ne s’y serait pas pris autremen (Le Blog de Fédé Davout) sur Mediapart. Depuis, c'est la violence qui semble avoir focalisé l'attention des médias et du monde politique. Des blessés. Des casseurs. De la violence à juste titre dénoncée. Il faut revenir à l'origine de Nuit Debout, il faut l'avoir vécu, pour comprendre. C'est toute l'agilité de la société civile et des "digital natives" qui se déploie sous nos yeux. Le pouvoir d'aller vite et bien en collectif, réseaux, collaboration, connexions, échanges, wiki, tumblr, web TV (hello Mehdi) ringardise nos processus politiques. "

On peut parler de l'effet Nuit Debout. La manifestation a enfin attiré l'attention sur les milliers d'initiatives en France et dans le monde qui sous le label de «civic tech» ont pour objectif de proposer un autre système de gouvernance. Une gouvernance où les citoyens seraient écoutés, où les lois ne seraient plus assenées, où le déluge de législatif ne serait plus le seul moyen de gouverner, où la démocratie reprendrait tout son sens. Tout son bon sens dont elle a cruellement manqué toutes ces dernières années. Nuit Debout agit comme un révélateur de ces « révolutions invisibles ». Avec le résultat qu'on ne peut plus ignorer le mouvement Civic Tech. En ignorant largement le monde en mutation, en s'accrochant aux vestiges d'un autre siècle, le monde politique n'a pas compris que l'agilité citoyenne et les plateformes numériques étaient les nouveaux attributs de la démocratie. Le Rêve Général va s'étendre.  #Globaldebout                                                                                                       Janique Laudouar

Le manifeste de Nuit Debout

"Sais-­tu ce qui se passe là ? Des milliers de personnes se réunissent Place de la République à Paris, et dans toute la France, depuis le 31 mars. Des assemblées se forment où les gens discutent et échangent. Chacun se réapproprie la parole et l’espace public."

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, le mouvement est plus organisé qu'il le paraît, avec régulation des prises de parole, validation des créations de commission, des compte-rendus d'assemblée, et surtout une certaine conception de « l'intelligence des foules »qui accorde l'égalité à tous : pas de meneur. "« Nuit debout n’est pas un phénomène spontané. Même s’il n’est piloté ou téléguidé par aucun leader, il s’agit d’un mouvement organisé" analyse le politologue  Loïc Blondiaux, professeur de science politique à l’université ­Paris-I-Panthéon-Sorbonne, dans un entretien accordé à Catherine Vincent (Le Monde Idées 14 04 2016).  Et partout une atmosphère de partage, de bienveillance et même d'amour. Le vendredi 8 avril, j'assiste à une prise de parole sous un dôme éphémère. Le dôme se dégonfle brusquement et menace de tomber sur nous. Aussitôt des dizaines de bras se soulèvent pour le soutenir. "Un symbole du partage" s'exclame une jeune femme. Est-ce le succès du film« Merci Patron » et le journal de François Ruffin « Fakir » qui ont allumé la mèche ? : «  les gens avaient envie d'agir » répond-t-il dans Télérama. « On ne veut plus de politiques qui trichent », explique Louis de Gouyon-Matignon militant et soutien de Nuit Debout interrogé par Europe1. Hugo veut « agir jusque dans les racines du système ». Nuit Debout a demandé une nouvelle autorisation de manifester.

Le 9 avril Place de la République

 "Permis de rêver" «Je rêve que les gens se sourient et se regardent dans le métro.»

Ce matin on vide la place les cabanes et les tentes, et les derniers occupants. En douceur, semble-t-il. Mais les voix demeurent. Elles commencent même à se faire entendre ailleurs que sur les réseaux sur les médias classiques, ce matin sur Europe1, un joli montage en musique (« Retiens la nuit! ») et des paroles fortes.

Et Nuit Debout s'organise... En France Nuit Debout se propage à la vitesse de la viralité  ...Les médias alternatifs et participatifs se multiplient. "A Nuit Debout on m'a dit écris tes rêves"  http://www.la-zep.fr/cest-lactu/a-nuit-debout-on-ma-dit-ecris-tes-reves/

Le 15 avril Numa Paris

NuitDebout fait irruption à la fin du débat dont l'objectif est de présenter divers projets citoyens qui donneront lieu le lendemain à un hackathon organisé par Open Law et Open Source Politics. Les développeurs vont se déchaîner pour faire progresser des plateformes numériques de vote ou de débat citoyen. NuitDebout lance un appel : dimanche, commission numérique. Nous avons besoin de vous !

Le16 avril Numa Paris

Le lendemain on teste: comment retenir les meilleurs décisions ? Le hackhaton s'est réparti en ateliers. Autour de la table plusieurs développeurs dont Open Gov, le chef développeur d'Etalab. Loomio? On visite le site de NuitDebout Bruxelles

« Le choix d’un outil adapté pour mener les campagnes de donation est éminemment stratégique, poursuit Maxime Blondeau. Les mouvements contestataires récents ont essuyé les plâtres avec plus ou moins de succès : Occupy Wall Street a périclité au moment où la question s’est posée. Les Indignés, en revanche, se sont renforcés et ont engendré une offre politique parce qu’ils ont su être plus pragmatiques sur la question des donations. »

"Salons de discussion :Venez prêter main forte à la commission Accueil et Sérénité"Le manifeste est là : 
« Ni entendues ni représentées, des personnes de tous horizons reprennent possession de la réflexion sur l’avenir de notre monde. La politique n’est pas une affaire de professionnels, c’est l’affaire de tous. L’humain devrait être au cœur des préoccupations de nos dirigeants. Les intérêts particuliers ont pris le pas sur l’intérêt général. »
Janique Laudouar

Lire entre autres le billet de Flora Clodic-Tanguy : "Les défis démocratiques de Nuit Debout"

Lire l'entretien « A Nuit debout, la qualité du débat démocratique est l’enjeu prioritaire » dans le Monde Idées de Catherine Vincent avec le politologue Loïc Blondiaux 14-04-2016 "

Premier mai : ==14h00/15h30 == Programme (source https://www.convergence-des-luttes.org/

* L'ère du numérique, l'ouverture d'une voie vers une économie de la coopération
Intervenants:
- Yann Le Pollotec: spécialiste de la révolution numérique et ses impacts économiques
- Sébastien Broca: sociologue, postdoctorant à l’université Paris- 1 Panthéon-SorbonneHervé
- Le Crosnier: enseignant-chercheur à l'Université de Caen spécialiste des technologies du web et la culture numérique.

== 15h00 ==
* Manifestation du 1er mai et pour le retrait de loi El Khomri. Départ de Bastille, en direction de Nation.

Programme de la rencontre internationale de #Globaldebout week-end du 7 et 8 mai 2016 à Paris, place de la République


jeudi, mars 24 2016

Democratie DIY faites-là vous même : les solutions citoyennes

Le 19 mars, c'était à Paris, avant le 22 mars à Bruxelles, une journée positive, pleine d'enseignement et d'actions concrètes, une journée porteuse d'espoir, d'optimisme et de vision d'avenir.

Faire se rencontrer des porteurs de projets de renouveau démocratique était l'objectif de la journée Démocratie Do-it Yourself du samedi 19 mars, organisée par DO à la Maison du Paris durable, lieu dédié «  à la diffusion des solutions pour les porteurs de projets, confirmés ou débutants ». 100 participants étaient là pour formuler et examiner des solutions concrètes, innovantes. Au-delà de la convivialité des rencontres, « dans la vraie vie » de collectifs agiles à communiquer via le numérique, pour Démocratie Ouverte et l'Open Gouv. #OpenGovFr #DIYdemocratie,

L'équipe Démocratie Ouverte au presque complet ...dont le co-fondateur Armel Le Coz

Dispositifs imaginatifs et tempo d'enfer

Des dispositifs ludiques et efficaces donnaient à Démocratie Do-it Yourself un tempo d'enfer : speed dating, bar camp, « bol de poisson ». Le speed dating permettait un tête à tête avec un autre porteur de projet. Certains déjà très répertoriés, d'autres à découvrir. Je croyais connaître toutes les plateformes en cours de développement, et je découvre STIG actuellement en version beta. "Voter ne change que les joueurs.Changez le jeu. Participez à la création de la volonté générale avec Stig, l'app de démocratie participative" qui s'adresse également aux élus. A tester. Dans le domaine du « journalisme constructif » j'ai parlé à Florent Guignard de Le Drenche (ci-contre) : une façon originale de présenter les débats et sorti des "usual suspects" des plateaux télé. Dommage que les sujets traités restent pour l'instant trop souvent anecdotique.  J'avais échangé en ligne avec Simon Louvet (Aternatiba, Synergie Démocratique, ci-contre avec Antoine Vagnon Call For Team), autre foisonnement d'initiatives, et je fais enfin sa connaissance : très chaleureux IRL, dans la vraie vie. Je suis heureuse de retrouver l'équipe de Voxe.org, Léonore de Roquefeuil, Sébastien, Mon rôle était de présenter #MaVoix, un des premiers mouvements «civic tech » et de parler de son actualité : les élections partielles de Strasbourg en mai. Déjà deux candidat(e)s pour #MaVoix! Enfin, dialogue avec Loïc Blondiaux, politologue et professeur à l'Université Paris I. L'après-midi était consacré à un « marathon des pitchs », 1 minute 30 pour présenter son projet. ! Enfin la métaphore de Claude,  l'Archipel, a enthousiasmé les participants, chaque collectif étant considérée comme un îlot dont la multiplication va constituer un archipel, soit des mouvements tendant vers le même objectif. S'il y a nuance ou divergence de modalités entre les mouvements, l'archipel des archipels reste à construire. C'est parti!


Ateliers :  territoire et citoyens, stratégies électorales


Lors des ateliers thématiques on a vu à quel point l'action locale était primordiale. Territoires Hautement Citoyens fondé par Armel Le Coz a un dispositif très rôdé pour soutenir les collectivités vers la transition démocratique. Mais ils sont nombreux à s'ancrer dans leur région avec l'objectif de faire prendre en compte par les élus les initiatives citoyennes. Charles Deffrennes et Antoine Vagnon Call for Team, un très ingénieux dialogue avec les collectivités, qui ne les heurte pas mais travaille avec elles, et une solution proposée par Antoine Vagnon : glisser un ambassadeur du citoyen dans chaque collectivité. Clément Damiens avec Communecter. Un outil dans lequel les citoyens sont communectés, "connectés a leur commune". Local également Koom « agir localement pour un monde meilleur » Bulb in town déjà rencontré lors de mon premier billet sur l'économie collaborative. Telles sont quelques unes des solutions à disposition des élus. CitizenLab va faire campagne via La Primaire.org (présenté ici par David Guez) et a déjà préparé son Manifeste. Eliott Lepers présentait La Primaire de gauche, manifeste pour une transformation de l'intérieur d'un des partis classiques (PS). L'horizontalité est l'un des points commun à tous les mouvements et stratégies électorales : la fin de la France des « silos » et son fonctionnement hiérarchique archaïque, une gouvernance par et pour les citoyens.

Eliott Lepers venu présenter La Primaire de gauche

La révolution intérieure : altruisme, bienveillance, partage

« Rien ne serait possible sans la qualité de bienveillance et d'écoute entre les acteurs, leur volonté d'inclusion » note Loïc Blondiaux, professeur de science politique à l'université Paris I , confirmant ainsi notre intuition que la bienveillance est une nouvelle valeur dans une démocratie renouvelée. Cécile Calé (SCIC Coop-Cité / CitizenLab) a rappelé à quel point la révolution démocratique reposait d'abord sur une révolution intérieure : seule une prise de conscience de la responsabilité de chacun donnera un sens au mouvement collectif. Une action auprès des jeunes en particulier. Isabelle Lefort lors du Positive Economy Forum de Jacques Attali avait déjà défini l' « altruisme rationnel » comme une nouvelle valeur du politique et du citoyen digital. « Tel est le challenge qu’il nous faudra relever au XXIème siècle : redonner à l’altérité et l’altruisme toute la place qui leur revient, en nous appuyant sur la puissance de la révolution technologique. » Le don, la partage, l'échange l'entraide, autant de valeurs morales dont on voit le revival et qui vont à l'encontre des drames que nous vivons avec le terrorisme. Ce n'est pas fortuit si la Revue du Cube propose « La responsabilité » comme thème de son prochain numéro.

Loïc Blondiaux : conclusion, questions

Loïc Blondiaux, expert,  voit dans cette volonté de renaissance démocratique un retour à l'effervescence pré-révolutionnaire de 1789. La mise en cause de la démocratie représentative est le point commun des collectifs. Comment exister entre les élections, comment informer et former les citoyens, comment faire voir en temps réel la volonté générale, comment conserver un contrôle sur les institutions, comment contourner les partis politiques, voire les remplacer ? Comment inventer le journalisme politique ? A revoir : le vocabulaire d'initié « excluant » (néologismes, importations anglo-saxonne et). Il note aussi une « aristocratie du code » : la proportion des informaticiens, développeurs est un atout pour les collectifs, mais les modes d'emploi doivent être compris de tous. La volonté d'horizontalité, de transparence, rassemble les acteurs, tous « amoureux de la démocratie ». Mais, comme le soulignait aussi Caroline Hodak, communicante, cette renaissance a un problème de visibilité et de communication. Aucun de ces mouvements ne veut ou ne peut se rendre visible auprès des médias classiques « Les institutions résistent » commente Loïc Blondiaux prenant la métaphore d'un géant Gulliver figé, encerclé par de multiples piqures d'épingle de lilliputiens... mais nullement atteint. « Les institutions vont essayer de vous phagocyter, de vous instrumentaliser ». Elles vont vouloir « garder le logiciel intact » sans rien changer aux structures, en donnant un semblant de coup de neuf et d'idées nouvelles à des institutions archaïques.

Solutions citoyennes...et numériques

« Une enquête Harris Interactive, réalisée pour le jeune mouvement citoyen LRF, révèle que 8 Français sur 10 jugent que les citoyens sont plus capables de trouver des solutions que les hommes politiques. » (Le Figaro) Parmi les solutions concrètes pour que le lien tissé ne s'évapore pas : la newlsetter HappyDemocracy de Voxe.org pourrait donner des nouvelles de tous les mouvements citoyens et un agenda de même qu fédère déjà la "civic tech" sur meet up. L'idée d'un label pour l'ensemble des mouvements citoyens a été évoquée.  

Voxe a déjà une plateforme opérationnelle en en développement complémentaire, d'autres sont en cours d'expérimentation, Démocracy OS, Stig. « Comment le numérique peut associer les citoyens aux décisions budgétaires ? », telle est la solution proposée par Gilles via une plateforme numérique.http://budgetparticipatif.info. La méthode de fonctionnement de DO : la plus démocratique possible, des « cercles » thématiques peuvent être ouverts par les membres qui les animent. Une prochaine rencontre organisée par Synergie Démocratique le week-end du 16 et 17 avril à Saint-Ouen avec l'objectif similaire de rencontre entre collectifs. Et enfin une grande Fête de la Démocratie annoncée par DO.

Aux manettes vidéo : DEMOS XXI. Pas pu citer tous les groupes et initiatives, la vidéo (documentaire en préparation) complétera.

« Démocratie Ouverte http://democratieouverte.org/ regroupe les acteurs français et francophones du renouveau démocratique – start-ups civiques, associations, collectifs citoyens - qui développent des solutions innovantes au service de davantage de transparence et d’engagement dans notre système politique ».

dimanche, avril 5 2015

"Démocratie Ouverte ": une renaissance politique

"La transition démocratique : une journée à l'Assemblée nationale

Le débat organisé par Démocratie Ouverte à l'Assemblée nationale le 30 mars - le lendemain des élections départementales - commençait par ce constat : « à l'échelle locale,à l'échelle européenne, le besoin d'un renouveau démocratique se fait de plus en plus pressant. Des mouvements spontanés naissent grâce aux réseaux, qui pourraient bien se révéler en 2017, à l'occasion des présidentielles et des législatives. Le 31 mars, se réunissait à Paris à l'Archipel les Barbares. Ce nom mystérieux regroupe des individus bien décidés à faire valoir leur conviction via les  réseaux sociaux. Ce soir là, ils ont pitché leurs projets, échangé des témoignages, partagé des expériences « inspirantes » à partager pour changer le monde. Et une nouvelle démocratie...

                                                                                                                                                                                                                    Janique Laudouar

La fin de la démocratie représentative ?

L'analyse très lucide de Loïc Blondiaux, professeur chercheur à Paris I en ouverture permet de mieux comprendre ce que les politiques s'obstinent à ne pas voir. La démocratie représentative s'est imposée à la fin du 18ème siècle, une représentation exclusive qui est remise en cause aujourd'hui. Dans «  un contexte d'affaiblissement des démocraties occidentales incapables de régler les crises et d'influencer la vie des sociétés» les citoyens ont de plus en plus de mal à accepter qu'on leur demande de payer une ardoise d'une gouvernance défectueuse, d'un endettement pour lequel ils ne se tiennent pas responsables. Partout en Europe et aussi ailleurs les mouvements de refus se multiplient répondant à l'appel de Stéphane Hessel « Indignez-vous », des Indignés de Occupy Wall Street à Podemos en Espagne « Mover ficha: convertir la indignación en cambio político », « Prendre les choses en main : convertir l'indignation en changement politique » On assiste « à une mobilisation critique des grands projets venus d'en haut » ou au contraire à « un sentiment d'indifférence qui monte » ou encore des formes d'auto-organisation « on va faire sans l'état, sans les institutions. » ce qui « représente un risque très fort pour les démocraties. ». Dans la participation citoyenne, Loïc Blondiaux voit une série d'enjeux : la capacité pour chacun d'influencer la loi, préserver l'intensité du débat démocratique – citant Pericles et la démocratie grecque « Nous considérons tous ceux qui se désintéressent de la démocratie comme des parasites.",faire une place à l'expertise profane dans le processus de décision démocratique.« Aujourd'hui la prise de décision a lieu a lieu a huit clos. Hors pour qu'elle soit légitime, il faut qu'elle ait été débattue. » Il ne faut pas sous-estimer « l'hostilité et l'inertie des structures institutionnelles et la tentation néo-monarchique du chef, ce désir existe.

Hackhaton, un modèle efficace de collaboration ?

Gilles Babinet est devenu le porte-parole de tous ceux qui ont une vision autre que celle qu'on continue à nous proposer d'une France « verticalisée ». « Une France un peu engoncée dans de veilles habitudes », notamment celle d'une « fascination pour les élites, les « grands corps, les personnels  ultra qualifiés» au détriment d'une classe plus représentative et peu présente dans les ministères ou à l' Assemblée nationale qui compte 40% de fonctionnaires. Un système qui a du mal à opérer une transition vers une demande pourtant de plus en plus ardente des citoyens : celle de participer. « Nous ne sommes pas pleinement reflétés, les citoyens sont prisonniers d'enjeux qui ne sont pas les leurs ». Pourtant, il y a de nouvelles voies. Et on ne s'étonnera pas que Gilles Babinet, « digital champion pour l'Europe », cite Lawrence Lessing « code is law » « le code conforme la réalité » et prône le design de la réalité comme une des formes nouvelles de débat politique, donnant l'exemple du hackhaton -auquel il participer personnellement - comme « réalité puissante ». Non, légiférer n'est pas le seul mode de gouvernance, il émane des initiatives positives des territoires. C'est l'essor du numérique et en particulier des plate-formes comme celle de Parlement & Citoyens qui permet à ces initiatives de fédérer et d'exister 

« L'ADN numérique pilote notre action » (Laure Lucchesi Etalab)

Laure Lucchesi présente Etalab, l'outil officiel de l'ouverture des données, avancée majeure pour la démocratie ouverte. Avoir accès aux données permet entre autres de décrypter les dépenses publiques. La France est membre d'Open Gov et à ce titre a l'obligation de préparer un plan d'étape. Il faut développer une culture de la « comptability » notion difficile à traduire, une culture de la « redevabilité » mais qui correspond au désir des citoyens de savoir comment l'argent de leurs impôts est dépensé. Munie de données précises, l'expertise citoyenne peut œuvrer pour le bien commun. « La technostructure ne peut plus régler à elle seule la complexité » affirme Laurence Lucchesi, « l'ADN numérique pilote notre action ». L'expertise citoyenne a de l'avenir.

« Les événements survenus sur les ZAD (Zones d'aménagement différé, rebaptisées Zones à Défendre) de Sivens et de Notre Dame des Landes ont mis sur le devant de la scène le besoin de repenser et de simplifier les procédures du débat public. »C'est le même terme d'une « contre-expertise » citoyenne qui sera employé par plusieurs intervenants, dont Laurence Monnoyer-Smith vice présidente de laCommission pour le Débat national qui parle de la grande difficulté à consulter sur « les grands projets du futur » et « se heurter à des visions du monde divergentes ». Elle préconise pour les territoires "une critériologie partagée" pour un vrai "vivre ensemble".

"Parlement & citoyens" : une plate-forme à intégrer au Parlement ?

Cyril Lage a eu l'idée de Parlement & Citoyens, s'est allié à Armel Le Coz designer de services et Bastien Jaillot, développeur. C'est leur plateforme qui a été adaptée pour la grande concertation en ligne réussie du CNN http://www.cnnumerique.fr/, qui devrait être un modèle.L'association prend de l'essor avec une stratégie douce : inciter des députés et même le Président de l'Assemblée nationale Claude Bartolome à prendre en compte l'immense désir des citoyens de participer et de proposer.

Patrick Raimbourg, député, Cyril Lage "Parlement & Citoyens"

Plate forme en ligne, Parlement et Citoyens est opérationnel et accessible, et le sera encore plus dans sa nouvelle version, qui permettra aux citoyens de proposer des lois. Dominique Raimbourg, un député « techno » plutôt en pointe (Loire-Atlantique) qui soutient Parlement & Citoyens confirme que les lois se font en comité restreint « 10 à 12 personnes ». Pour la loi pénale qu'il a réussi à faire voter après négociation, il a bien consulté 300 personnes, syndicats de magistrats, de policiers de professionnels des prisons, etc. Mais les citoyens ? Les lois qui sont votées ne sont pas assez mises à l'épreuve des faits et du terrain. « On produit de la norme il faut voit l'efficacité de la production de cette loi, on produit de la loi bavarde » Est cité comme exemple dans la salle la loi inapplicable sur la protection des majeurs dénoncée par des milliers de familles détruites et des dizaines d'associations. En vain. Omerta. La louable expérience de Claude Bartolome qui a ouvert la consultation pendant 7 jours sur le sujet de la fin de vie est jugée méritante mais insuffisante. Il faut aller plus loin dansl'empowerment, redonner le pouvoir aux citoyens. Interviendront l'après-midi sur le thème« Territoires hautement citoyens » animé par Armel Le Coz un panel de maires très actifs dans la mise en œuvre de la contribution citoyenne -dont la mairie de Paris - qui a ouvert un budget de 500 millions d'euros pour les projets participatifs - Eric Piolle maire de Grenoble, le bouillonnant Jo Spiegel, maire de Kingersheim en Alsace qui prédit « la fin des UBU rois. « Haute qualité démocratique » est sa devise, très applaudie, bravo à tous ces maires « avancés ».

Bienvenue aux contre-pouvoirs !

« Le numérique est ainsi une opportunité pour renouveler, enrichir, étendre la participation et la co-construction entre l’État et les citoyens. » peut-on lire sur Etalab. « Il faut hacker l'Assemblée nationale » s'exclame un rebelle. Inutile, « de nouveaux contre-pouvoirs afin de penser la démocratie de demain, entre ouverture et participation citoyenne. » écrit le blogueur Benjamin Sourice. Quel modèle de plateforme et d'outils de consultation ?Il en existe beaucoup. « Le problème du modèle numérique en mode “commentaires” fait remarquer Benjamin Sourice, c'est qu'il existe « un risque de création de consensus factices avec une version moderne des lobbystes qui eux aussi vont s’emparer des outils. Ce sera « la démocratie IKEA », on donnera l'outil sans se soucier d'être vigilant sur son mode d'emploi. Il vient d'ailleurs de publier un « traité de vigilance » dans son essai « Plaidoyer pour un contre-lobbying citoyen ». On peut citer « Questionnez vos élus » , "direct et concret", qui permet d'interroger un député via une plate-forme modérée.

La consultation lancée pour le CNNnum par la Secrétaire d'état Axelle Lemaire via une adaptation de la plateforme Parlement & Citoyens est sans conteste une réussite. Yann Bonnet qui présente le bilan fait état de 17 000 contributions et de prochains aménagements. Jean-Paul Delevoye président du CESE est depuis longtemps un convaincu, mais son discours bien senti et ses phrases chocs sont elles entendues ? Pas plus que les conseils de la Cour des Comptes ! Et pourtant «la jouissance du pouvoir est plus importante que la gestion du pouvoir », la nature de la relation au pouvoir a changé, il consiste mois à ordonner et légiférer qu'à « réguler et gérer des flux » ». « Nous sommes dans une obligation de de collaboration, de co-construction. »A quand la mise ne œuvre de cette préconisation?

On retrouve avec bonheur Quitterie de Villepin qui avait osé dire « non » en 2007 à François Bayrou et à une place en or de députée européenne. Dire très tôt non aux partis qui pourtant l'avaient adoptée lui a permis de mûrir une forme originale de démocratie présenté à le 31 mars aux « Barbares ». Ils se sont enthousiasmés pour son projet de « député augmenté »...qui consiste pour les citoyens à « récupérer leur voix » en entrant à l'Assemblée nationale. Pas de programme, pas d'idéologie, peut-être un nouveau parti « post partis traditionnels », en tout cas un dispositif, une nouvelle capacité de décision citoyenne.

                                                                                                                                                                                                              Janique Laudouar



Démocratie ouverte
a également ouvert le débat (animé) au niveau européen. Nous y reviendrons
  • Big Data, penser l'homme et le monde autrement, de Gilles Babinet, Préface d'Érik Orsenna de l'Académie française, fevrier 2015, Le Passeur
  • Dans la salle : www.capucine.net propose une carte à puces citoyenne
  • Plaidoyer pour un contre-lobbying citoyen" de Benjamin Sourice publié chez les Éditions Charles Léopold Mayer le 20 février 2014