La France qui
respire, la France qui veut respirer : ni une caricature de la gauche, ni
outrageusement anti-droite, la France qui est venue à Charlety dans ce chaud soleil du 1er mai est une France « bon
esprit » qui veut de toutes ses forces sortir des années de plomb, et
surtout ne pas les voir reconduire. Ségolène a réussi son pari, remplir le
stade Charlety (40 000 personnes) et apparaître en femme neuve, porteuse
d’espérance et de liberté.

15h
Dès 15 h les militants commencent à arriver sur la
pelouse. Tee-shirts rouges, roses pâle, blancs imprimés de mauve, couleur de la
segosphère, le matériel militant est gai et créatif : ça
aussi c’est un signe de rénovation!. 16h 30 :
on annonce 20 000 personnes dans le stade. L’ambiance « Ségolène
c’est elle » gagne la foule. Michel Delpech
entame « une chanson de mai 68 » :
« C'est comme un soleil
Dans le gris du ciel
Wight is Wight »
Les bras se lèvent, couvrant la voix des invités. Et puis
c’est Grand Corps Malade :
« J’espère donc je suis
J’espère donc ce soir je
suis
Avec vous à Charlety »
Des extraits de déclarations de la candidate et aussi de
citoyens ou d’invités : Patrick Weill, universitaire, « Ségolène
Royal, c’est la garantie du pouvoir partagé. » « Une femme
déterminée, claire, sûre de son projet » dira un autre invité qui, sans
être de gauche, vient appeler à voter Ségolène Royal. « Ca va
Charlety ? » interroge de temps à autre l’animateur. La réponse fuse
de la foule « Ségolène Ro-Yal, Ségolène
Ro-yal ! ». Dans le stand de presse, même les journalistes dansent.
« Nous recevons des coups de fil de toute la France » dira Cali,
« Miossec, Lavilliers sont avec nous! » avant d’entamer son célèbre
refrain « C’est quand le bonheur ? »,
« Aujourd’hui ! » Il quitte la scène en lançant un « A
dimanche ! » tonique.

19h
Ségolène Royal arrive par l’allée qui lui a été ménagée
par les jeunes socialistes, elle arrive sur scène presque en dansant, légère,
tandis qu’une chanson sur mesure envahit le stade « Ségolène, tu peux
compter sur nous, l’avenir sera au rendez-vous ! ». Minuscule dans
l’immensité du stade Charlety maintenant rempli, en rouge et banc, elle
commence ce qui sera un long discours « Je vous salue peuple de
France » et elle enchaîne malgré les ovations qui couvrent sa voix un peu
cassée : « peuple libre, peuple fier, insoumis » Discours récapitulatif du pacte présidentiel, où
personne n’est oublié, ni les étudiants, ni les artisans, ni l’otage en
Afghanistan, ni Ingrid Betancourt. Quand elle arrive à « Je suis avec vous
dans cette dernière ligne droite », nouvelle ovation « On va gagner,
on va gagner ! ». Puis elle reprend en s’adressant directement à la
foule : « quelques mots en confidence », « j’ai tenu grâce
à vous » « parfois j’ai trébuché, mais avec vous je me suis
relevée », « le courage du combat politique je l’ai construit avec
vous pendant ces 18 mois de campagne. » « mon courage c’est pour
vous, parce que simplement mon projet c’est vous » « parce que tout
simplement nous nous aimons beaucoup ». Ce sera le moment à fort impact,
le plus émouvant avant d’entrer dans les détails du pacte présidentiel.
Et c’est vrai que
maintenant, on l’aime, Ségolène « Maintenant c’est elle». Après tous ces
mois de contestation, elle a gagné la bataille de l’adhésion : des siens,
son parti, des réticents, des hésitants…enfin presque. Les gens ont compris
qu’elle voulait « remettre les citoyens au cœur de l’action
politique. »
Elle apostrophe son adversaire : inutile de
revenir 40 ans en arrière et de défiler contre Mai 68 sur les Champs
Elysées : « Le palais Omnisport de Bercy, ce n’est pas les Champs
Elysées, Doc Gynéco n’est pas André Malraux, et
Nicolas Sarkozy n’est pas le Général De Gaulle ! » Mai 68 reviendra
plusieurs fois dans son discours, un héritage qu’elle défend, elle a compris
que les français n’aiment pas qu’on attaque l’histoire de la France. Une France
qu’elle veut « sans violence, qui prend à bras le corps toutes les
énergies ». Dans les tribunes, on aperçoit Jack Lang, Noël Mamère, et
quelques « people »: Dominique Beneshard à côté de Geneviève de
Fontenoy, qui tout à l’heure agitait la banderole « Ségolène
présidente ».

20h
Sur l’écran, Ségolène Royal est entourée des artistes
présents. Et puis François Hollande aparaît, et à chaque fois
la foule le salue par un chaleureux élan. Et voilà, c’est la fin, le soir tombe
sur Charlety. « Ségolène, tu peux compter sur nous ! » reprend
la foule en chœur « On va gagner ! On va
gagner ! » .